mercredi 18 mars 2015

Ighil Nezman

Le Sphinx kabyle...

La Kabylie a l’échelle du monde, ce n’est pas grand-chose à priori. Par contre, le monde à l’échelle kabyle, c’est une toute autre histoire…La Kabylie a enfanté des hommes et des noms, parmi eux le fils du pauvre. Fouroulou devenu ensuite l’enfant persévérant à l’assaut de l’échelle sociale, puis le maître d’autres fouroulous avant d’être fauché par la haine et la bêtise humaine. Le fils du pauvre est une légende kabyle qui a marqué son temps défiant ainsi l’échelle la plus rude à gravir, l’échelle du temps. La grandeur d’âme du fils du pauvre le grava dans nos mémoires et lui garantit son ascension vers les sommets qui éloignent du fleuve de l’oubli, vers Thizi des immortels qui veillent sur la mémoire kabyle. Quoi de plus juste pour celui qui connut et réinventa les chemins qui montent et Ighil Nezman…


A toi Dda L’Muludh.


La trinité des martyrs
Le Kabyle est peut être pauvre (normal il n’a jamais volé ou spolié les autres, ni pratiqué l’usure ou la violence), mais sa richesse immatérielle naturelle, non-préméditée (les écrits), fruit d’une intelligence pure, non-assistée, le classe, à coup sûr, parmi un honorable cro-magnon. L’exemple le plus pertinent en la matière est la toponymie kabyle que des siècles d’occupation et d’assimilation ont à peine entamé sur le fond l’identité kabyle, son système de toponymie notamment, et ce grâce à l’algorithme kabyle insondable pour les usurpateurs. Il l’est d’ailleurs difficile à déchiffrer pour nous aussi, nos générations, car très souvent, le toponyme kabyle est interprété à la lettre alors que chaque nom de lieu kabyle recèle un trésor de savoir et constitue un patrimoine immatériel très riche qui devrait nous servir de repère et de source d’inspiration pour reforger et reconstituer l’identité kabyle. 


C’est l’une des priorités de modeste blog, et l’on va s’intéresser particulièrement à  un toponyme kabyle imaginaire : Ighil Nezman, et à un autre tout à fait réel : Agouni Arous (littér. La colline escargot), c’est d’ailleurs le village avoisinant de celui du fils du pauvre, Dda L'Muludh fauché par les balles des terros franchouillards un peu plus d'un demi-siècle en arrière, mais aussi le village du regretté Massi Guermah, lui aussi fauché par les balles d’un (autre) occupant, les forces de DZ’ordre argélien ; et l’autre village avoisinant du fils du pauvre n’est autre que celui d’une autre victime de la haine et du mépris des occupants, des terros hilaliens, le village du regretté Dda Lwennas. Ainsi s’est formée « la trinité des martyrs » autour du village du fils du pauvre (Thizi Hivel). Trois tragédies kabyles qui changèrent à jamais notre vision du monde dans sa dimension kabyle, la mienne en tout cas. Le sacrifice de ces hommes ne peut être occulté ni par le temps, ni par les ennemis du peuple et du Créateur.
 

source
Thizi
Ce préfixe Thizi (transcrit Tizi) dans les toponymes kabyles est lui-aussi traduit littéralement : Col. Thizi est surtout liée à zzi (retourner, se retourner). En pratique, ça pouvait être une station-relais, une limite. Fondamentalement, Thizi est un  col dégagé sur 360° qui permet une vue panoramique ; Thizi c’est exactement l’inverse du point de non retour : c’est le point de retour, on ne peut pas aller plus haut que ce sommet, on ne peut que retourner en arrière. Quoi de mieux que Sisyphe pour être comparé à Thizi ? Le premier homme, le juste et regretté Albert Camus qui a connu le fils du pauvre, aurait pu intituler son essai correspondant « Le mythe de Tizi » !

Arous
Là on revient en arrière, vers le billet précédent sur l’épi de blé et « l’hélice ». On a , souvenez-vous, apparenté déjà un animal, le chacal (et/ou le renard) en l’occurrence, à l’a notion d’Echelle. En voici un autre : l’Escargot, son nom, s’apparenterait à la notion d’Echelle et d’Hélice (il n’y a qu’à imaginer un escalier-escargot). Bre, l’escargot serait un escalgot :) Pour l’anecdote, le nom d’escargot en arabe hlzn (hailazun) serait lié à l’hélice du grec helix (spirale). En somme, la coquille, et pas seulement l’escargot, s’apparenterait à l’échelle.


Agouni
Là aussi, on a déjà fait le lien avec l’échelle pour la racine kabyle GN (et ShN, JN) de igeni« ciel, voûte céleste, voûte », agouni « colline », ushen (chacal/renard).Ce qui a de neuf, c’est l’interprétation nouvelle du N kabyle. Souvenez-vous, on a classé sur ce blog il y a très longtemps, les lettres « L-R, M-n » comme géométriques et interchangeables parfois. Aujourd’hui il est temps de mettre à jour cette formule pour la désigner ainsi : les 3 axes géométriques. Les voici :
L (1), R (2), M-N (3)
Autrement dit, en kabyle M et N sont des jumeaux. Je ne sais pas pour le moment quel caractère leur attribuer pour les marier, mais l’idée est de faire comme en français pour Œ, le E dans O, l’on aura donc le M dans N. Pour mieux comprendre le fond de ce M dans N (MN jumelés en kabyle), il faudra se rappeler ce qui désigne généralement le pluriel en kab, en mazigh (berbère): N, comparable au S en romanes (en français, par exemple). Le N kab éclaté, càd, M dans N, écrivons-le MN est probablement comparable à un terme latin :
N (MN) kabyle ~ omni de omnis « tout » en latin
Exemples, omnisports (salle), omniprésent ou omnipotent « tout-puissant ». Là il faut comprendre que le M dans N kab (MN jumelés en kab) peut se contracter pour donner N, mais aussi M (peut-être, qui sait !, pour cause de pollution du sémitique-arabe qui a transformé le N égyptien ancien en M). Ainsi, on comprendrait mieux la notion de « puissance » dans la racine ZMR en kabyle de a-zemmur (olivier), zmer (pouvoir), izem (lion), sauf que le préfixe latin omnis (omni « tout ») n’est pas forcément un préfixe en kab, il se place librement dans les mots, que ce soit en affixe ou au milieu (dans la racine ?).
Revenons, si vous voulez bien, à agouni (la colline). Une fois le MN (M dans N, MN jumelés en kab) intégré, on comprend bien que agouni peut être agoumni ; c’est d’ailleurs le cas pour les racines GN, KN/CN éclatées en GMN, KMN, CMN qui portent très clairement le sens de « gémini/jumeaux » et « commun ». Alors les 7 collines de Rome, ne seraient pas aussi une notion administrative : les 7 communes de Rome jadis ? La colline kabyle agouni (éclaté en agoumni) ou le ciel/la voûte céleste igeni (éclaté en igemni) seraient-ils pas comparables au grec Oikumene (oecumene) « le monde connu » ?Un toponyme commençant par Agouni en kabyle serait-il forcément proche d'un autre commençant par Agemun (Tha-gemunt au fém.) ? C'est le cas pour Agouni Arous proche de Thagemount Azouz.


Ighil Nezman
La patrie commence par le nom de ta ville, ton village ; peut-être est-ce Thizi, Agouni, Ighzer, ou Ighil, comme c’est le cas pour moi. Ce terme a les  suivants :
Ighil : 1.bras/avant-bras, 2. Coudée (kabyle), 3.coteau (toponymie)
Ici il faut 1) positionner son bras en différentes positions, 2) garder en tête qu’il s’agit d’un système sinon d’une échelle de mesure. Bon, hormis le bras cassé, il y a le bras allongé, le bras déployé (à hauteur de la taille) et le bras levé (salut romain) pour servir de système de mesure (coudées). Autre moment très intéressant, ce terme kabyle Ighil est très probablement lié à deux noms grecs : d’abord au nom du personnage Achille et puis il serait à l’origine d’un mot qu’Apulée de Madaure aurait introduit en grec :
Ighil kab ~ angelos (Ange) en grec par Apulée
Et pourtant le grec possédait bien son propre terme pour désigner cet Ange-Achille très grand (la plus grande coudée), ou autrement dit l’Archange :
Mégalo (grand) de mega en grec ~ Angelos (ange) et Achille ~ Ighil en kab
 

Sur le plan spirituel et religieux, ce toponyme kabyle signifie ceci :
Ighil ~ Aiguille qui indique un repère (par exemple, un point cardinal), une direction bien définie (ex. qibla pour les musulmans, la direction de la Mecque ; pour d’autres ce serait autre chose, on verra plus loin). La notion d’Archange et/ou le nom Gabriel pourraient s’y trouver aussi. En tout état de cause, Ighil « l’aiguille » indiquerait, sur Terre, probablement le Levant (l’Est, l’Orient), et pour ce qui est des astronomes anciens, ighil indiquerait un repère céleste que l’on découvrira plus loin. Aghillas en kabyle vient de Ighil aussi avec le sens que l’on découvrira un peu plus loin.
Ighil, le bras peut être en diverses positions : horizontal, levé ou baissé, càd constant (plein), croissant ou décroissant, respectivement. Comparez maintenant aux phases de la lune ! Got it ? L’équivalent arabe de l’Ighil kabyle serait le hilal qui a donné les hilaliens, puisse le Créateur les éloigner des terres kabyles :). Et ce terme Ighil est dans ghelay (cher), par exemple, qui est emprunté donc par l’arabe argotique au kabyle et non l’inverse ! De facto, on a en ighil = Achille = Angel (ange) une gradation, une échelle.


En pratique, ighil (coteau) en kabyle désigner un bras (en forme de 1).D’après mes observations, ighil est souvent un indice d’humidité, un « nom hydrique » qui atteste la présence ou l’absence d’eau (après le préfixe Ighil dans le toponyme). C’est soit humide, soit sec ou 50-50. Le Draa en arabe comme équivalent du kabyle Ighil est en réalité un emprunt au grec hydra (hydre), thallafsa en kabyle et mazigh qui serait lié à Thalla (la source, la fontaine) qui va justement de pair avec Ighil. Cette piste de l’hydre sera étudiée en détails prochainement, pour le moment, il est question de tirer certaines conclusions importantes.
- Ighil indiquerait l’Ange, ce qui est Cher et chéri, le Levant, le lion ou le lionceau : aghillas en kabyle utilisé comme adjectif dans izem aghillas où izem est lion est aghillas quoi ? son échelle, petit (mini), donc lionceau ? Non, aghillas signifie tout simplement angélique (chérubin quoi ) et cher ; son équivalent hilalien est Aziz (cher, puissant).
- Ighil n’zeman (coteau du temps) produit de d’imaginaire de Dda L’Moloud Feraoun, existe bel et bien en réalité quoique dans une contrée perdue par les mazigh au profit des arabes : ghelizan (Relizane en fr) qui serait ighil izan (coteau torride) ou avec N éclaté en MN ighil izman (coteau des lions/du temps), zeman existant en persan, en arabe, en kab, etc, mais seul le kab utilise la même racine pour désigner le lion (izem), un gardien du temps sans doute. Le Lion (izem) associé au Levant très certainement : c’est donc la direction du soleil levant. Ighil Nezman est donc une association de Ighil - l’Ange (et Achille).et de Izem le Lion (pour le Levant), ça vous dit qlq chose, non ?!

Le sphinx égyptien ancien !
C’est bien le sphinx de Gizeh, corps de lion et tête d’ange ou d’homme. Ce Sphinx est un Ighil Nezman, l’aiguille du temps et l’Archange Probablement, la semaine serait le lion dans plusieurs langues (ex sebaa « lion » en masri et en argot nord-africain vs sept ; sebaa (7) ousbou3 « semaine » en arabe) et/ou l’ange (ex.NDL de nédélia « semaine » en russe serait probablement une altération de NGL de angelos, ange).
- Je disais plus haut que Ighil est une aiguille qui indiquerait une direction bien définie, la direction Est sur Terre ; mais sur le ciel, c’est quoi Ighil ? Peut-être ce que vous voyez sur l’illustration, surtout que igulmane est un nom ou toponyme de lac en kab :

La voie lactée. Les anciens Grecs ne l’ont pas appelée « lactée » pour rien. On dédiera un billet à part pour ce sujet, mais déjà sachez le ghala (lait) grec est à apparenté à Ighil kabyle lui-même comparable à ikil (lait caillé), ighi (petit lait) en kabyle. C’est l’écume, la mousse ou la fermentation du lait ou simplement le levain qui auraient donné son nom probablement à la voie lactée. Remarquez que le levain français est comme le lait en masri (arabe égyptien) ou petit lait en arabe – Leben. C’est le levant. Notre Aghillas (lionceau, ange, chérubin) serait un enfant non encore sevré, toujours allaité, qui tête donc. Galaxie et voie lactée nous mèneront vers la chèvre tha-ghadt en kab (et Amalthée de Zeus), la brebis thixsi en kab, et peut-être vers la vache tha-funasth en kab. L'idée à la base est de dire que les bras d'une galaxie serviraient à l'allaitement, des seins donc ; et que la voie lactée serait un "lac de lait" ou qlq chose de proche, un lac de cygnes ? (pour info, lait et lac ont la même origine étymologique en français), lac blanc ou le Berceau tout simplement ? On y reviendra.
 

Atome
L’atome kabyle ou l’atome version kabyle, celle qui sa suivre, est simple :
Atome = Temps
Il suffit de replacer le M dans N kabyle (MN jumelés) pour comprendre que le Temps, la semaine, le Zeman (temps en kab, persan, masri, arabe, etc.) est l’insécable comme atomos en grec (insécable) qui a donné atome ou le diamant du grec adamas (indomptable) qui serait la définition exacte de izem (lion) en kabyle qui serait le temps indomptable. 

Izem (lion) en kab = Indomptable : d'où zeman "le temps".
Donc le N du pluriel kabyle, insécable (lorsqu’il n’a pas de singulier), comme dans aman (les eaux), thillawin (les femmes), etc, serait comme le Temps. L’adjectif aghillas (lionceau, angélique, chérubin, cher, chéri) serait probablement « précieux » (comme une pierre précieuse) et pas seulement cher, chéri.

Maintenant nous savons un peu plus de et sur Ighil Nezman, toponyme évocateur sorti de la plume de Dda L’Muludh (Mouloud Feraoun) - adh phell’as y’aaphu Rebbi - Que Dieu ait son âme et celles de ses camarades tombés sous les balles des assassins de l’OAS il y a 53 ans. La Kabylie possède son sphinx grâce au fils du pauvre ; un peu de grandeur d’âme et la Kabylie renaîtra de ses cendres !
 

Thanemirth et merci de votre patience.