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lundi 9 novembre 2009

Magdalena

Suite de la série consacrée à la relation entre G et D.

La transcription des sons sur ce blog est expliquée dans le post "Draft.Classement", en voici un petit rappel concernant le son G.
G occulsif, ici en majuscule: se prononce comme un Ga,Go, Gue en français
g spirant, ici en minuscule: se prononce un peu comme le ch du ich allemand

Magdalena
Pour mémoriser la formule de change qui nous intéresse je propose la liaison Magdalena-Madeleine, en français le "g" disparaît. Dans notre cas devant un D il y a un G qui se cache donc que nous ne prononçons pas aujourd'hui.
d ~ Gd
Plus largement devant ce "d" il y aurait une gamma: G, g, K, k, q, c, kh.
Inversement derrière un G, une gamma plus largement, se cacherait peut-être un "d" ou "t":
G, q ~ Gd, qd
Nous allons voir en priorité la première formule d ~ Gd pour essayer de faire le lien entre notre lexique kabyle contemporain et le lexique des temps anciens notamment en ce qui concerne les toponymes de notre patrie nord-africaine.

Mogador
Je reviens sur le post précédent à la lumière de cette formule d ~Gd. On a formulé l'hypothèse selon laquelle Mogador indiquerait "le couchant", l'extrême occident par extension.
tha-medith = soir, soirée (lien: crépuscule, coucher du soleil)
Ce mot deviendrait tha-megdith, tha-megadith ou tha-mogadith au féminin qui au masculin passera à mogadir, mogador. Ici on voit apparaître un autre toponyme de l'antiquité thamugadi ancienne colonie romaine en Numidie contruite sous Trajan en l'an 100 de notre ère et plus connue aujourd'hui sous le nom de Timgad, en pays Shawi dans l'est algérien.

Ouaga'
Beaucoup de kabyles, de mazigh du nord en général, ignorent que nos cousins de l'extrême sud surtout les touaregs sont répartis sur un territoire immense, au delà du fleuve Niger, il y a des touaregs donc des mazighophones jusqu'en Haute-Volta ou Burkina-Fasso! La capitale de ce pays wagadugu, Ouagadougou s'apprête justement à notre formule du jour:
wada = le bas.
wada ~ wagda ~ wagada
Bien sûr que je ne connais pas l'étymologie de ce toponyme burkinabé donc je ne peux que spéculer hélas. N'empêche qu'une origine touarègue de ce nom n'est pas à exclure. Et puis ça fait bien de nous rappeller de l'existence de mazighophones de l'extrême sud.

Tour
Cette formule de change d~Gd n'est pas baptisée la formule de Magdalena juste pour mieux la mémoriser, il y a une autre raison. Nous avons dit déjà sur ce blog que les interférences entre notre langue et les sémitiques ne sont intéressantes que lorsqu'il s'agit du phénicien (conventionnel) et de l'ancien hébreu, c'est le meilleur moyen de remonter le temps.
Magdalena de l'hébreu magdala (medjel actuellement) de migdal = tour.
C'est une trouvaille très prometteuse! Elle explique entre autre l'origine du dj qui aurait supplanté le d ou gd même en kabyle à cause de l'influence des sémitiques, l'arabe surtout. Par exemple djerid serait gadirid et nous savons que gad, gadir est une racine/un mot commun au phénicien comme à notre langue, cette racine a d'ailleurs survécu uniquement en kabyle/mazigh mais nulle part ailleurs en sémitiques, surtout pas en arabe, ce qui laisse supposer une origine mazigh, plutôt libyco-punique de cette racine et de ce mot. Mais surtout cette trouvaille donne un lien vers les temps anciens et les appellations anciennes, elle nous permettra de comprendre pas mal de choses donc on reviendra là-dessus à plusieurs reprises.

Jurjura
Les patronymes kabyles, mazigh en général, sont presque toujours issus des toponymes donc de l'origine géographique. Nous allons voir les noms de famille qui commencent par d, G et dj qui sont tous en fait des Gd comme l'a montré la formule.
derwaz (Derouaz): gaderwaz, gadhirws/Gadirwas. Origine géo.: gadhir, ydhir (Ath- Yidhir), un lieu HAUT et dominant, le mot a-gadhir signifie "grenier" par rapport à son élévation.
deris, driss, deriassa : idem à derouaz
idem pour Gerwabi = gadhirwav
idem pour Germah = gadhirmah, gadhir mas?
idjeri, djerra, djerum: idem, issu d'un "lieu haut", du toponyme gadhir devenu (ath) Yidhir/Idir.
idem pour Gerav (guerrab) ou Djerrab.
djer-djer ou Djurdjura, Jurjura = gadhir-gadhira, Gadir-Gadira! Jurjura est le grenier des greniers, le presque-toit des toits ou simplement le toit du monde quoi! Comme c'est un mont on comprend parfaitement pourquoi ce nom. Par ailleurs on devine facilement l'origine du toponyme Djerba en Tunisie, gadhiriv-Gadoruf? avec ce gadhir-gador omniprésent, les patronymes djerab-Gerab collent justement à djerba et à des lieux élevés, hauts avec le radical der, djer, ger.
On peut bien sûr continuer avec les patronymes nord-africains même les arabisés, et on arrivera toujours à lui trouver une origine géographique, à un toponyme mazigh. Prenons le nom de l'ancienne star de foot de l'équipe algérienne et du FC Porto Rabah Madjer. Son patronyme Madjer serait magder, mogador, magadhir. Lui aussi il tient son nom d'un lieu lié à gadhir, Gadir qui en toponymie kabyle de nos jours est simplement devenu Yidhir (idir), Ath Yidhir (transcrit en français Aït Idir).

vendredi 24 avril 2009

Peluche

Ce post est consacré au son "ch" très peu présent dans le lexique kabyle.

Lexique
Le son "ch" (soit le "tch" en français) est en réalité très peu présent en kabyle. Ce son pourrait être une variante de "sh" dans certains cas, ou peut-être une altération du son "dj" (g°). Voyons un peu le "ch" lexique en kabyle que j'ai pu rassembler:
machi (négation-opposition): ce n'est pas (ex. ce n'est pas moi mais toi)
kech, kechi, kechini = toi.
mekchaw = se bagarrer, se battre
'ech = 1.manger, 2. (sens figuré) escroquer/voler qlq'un, 3. (sens figuré) prendre "manger" un pion aux jeux (échecs ou autre), 4.démanger
cheh = se fâcher, faire la tête
chaqlala = rixe, dispute
china = orange
chen-chen = sonner, faire sonner des objets métalliques (pièces de monnaie, braceletets, instrument de musique ex. chenchuna), sens similaire ou presqué à dTen-dTen, den-den (ding-dong, sonné).
chejRa = arbre. Variante de tsejRa, tejRa (idem en sémitique-arabe shadjara)
chaR, chuR = remplir, plein. Du verbe a-shaR = remplir (récipient, liquides). En relation avec la dizaine ashRa que les camarades disent être d'origine orientale donc sémitique, à mon avis c'est faux car a-shaR (remplir) n'existe pas en sémitiques et son équivalent est âameR en arabe qui est aussi utilisé en kabyle aamaR = remplir.
chulekh = trempé jusqu'aux os, complètement (très) mouillé. Variante de lekhs = mouillé.
chef-chef, s'chef-chef = dégonflé, dégonfler. Du verbe shuf = gonfler, enfler.
a-chamar = barbe fournie. Voir tha-marth = barbe, menton.
a-sechu = cheveleure. Variante de shepuv, shebwv (cheveux). Voir shusha = mèche de cheveux.
chuchi = hirsute, shaggy-haired en anglais, cheveux style disco-70' ou comme ceux de Robert Herbin l'ancien entraineur de la légendaire équipe des "verts" de Saint-Etienne.
Interprétation
Nous voyons que le lexique "ch" est très faible pour ne pas dire négligeable. Donc apparement il s'agirait d'une altération du son "dj" (g°) comme dans le cas du dernier mot:
chuchi (cheveleure) = hirsute
g°ug°eg, djudjeg (fleurs) = éclore, fleurir. Comme la photo ci-dessous. Voir aussi shush = le ver (sans doute lié à la toile qu'il tisse, ex. le ver de soie), l'aash (nid), a-shush (hutte). Cette forme hirsute rappelle étrangement le coton et le cognassier/coing kthunya (en kabyle), kidhonia (en grec) que l'on a évoqué sur ce blog déjà. Il n'est pas exclu que CT (kt, kth, kdh) de coton et kthunya soit interchangeable avec le "ch", dans ce cas l'orange china se rapprocherait du coing kthunya! 
Une chose est évidente, ce "ch" est comme une peluche, il atteste le gonflement, l'abondance ou rationnellement un volume plein ou débordant, un tas, un entassement ou une touffe (de cheveux par exemple). Cette racine conviendrait à désigner une pelouse par exemple. On comprend pourquoi a-zedjig (fleur) et le vrai sens du mot a-sechu (chevelure abondante?), comme l'origine mazigh de tha-shashith (calotte) devenue shashia (chachia) en arabe et shesh (chech) en turc.
D'un autre côté nous voyons que le "ch" est une forme parfaite ou "complète" du son "sh" comme dans l'exemple a-shaR (remplir) - imparfait, chuR (rempli) -parfait car achevé. Il pourrait s'agir d'une opposition du "ch" au son "sh" comme le montre l'exemple shuf (gonfler), chefchef (dégonfler). Il est possible que ce son "ch" soit un "sh" suivi ou précédé d'un T par exemple, donc "ch" = t + "sh". On ne pas pas non plus exclure que "ch" soit en relation avec le "ts" ou "tz" comme danc l'exemple chejRa - tsejRa (arbre). Et bien sûr comme évoqué plus haut "ch" pourrait être en relation avec "k.th" (kdh, kt, ct) du coton et du cognassier kthunya; Il est même probable que le "ch" ou le "sh" soit en fait un "dh" ou "th" car si "sh" dans shuf (gongler, enfler) indique le volume d'air enflant, le "th" aussi dans tha-methunt (levain, pâte avec levain) indique l'augmentation de volume de la matière grâce à le fermentation (même racine mth que methu en grec ancien = fermenté, boisson fermentée) et non pas son remplissement avec de l'air. D'ailleurs avec sh = th le mot shepuv/shebuv (cheveux) devient thepuv proche de touffe! 
Au final ce "ch" devrait sans doute disparaître de notre lexique dès que l'on aura identifié les sons qu'il a altérés, sauf preuve du contraire bien sûr.