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mercredi 24 mars 2010

Hydra

Un des secrets de la toponymie kabyle enfin levé, enfin presque!

Alger la blanche possède des quartiers U.P et des quartiers U.V, non pas ultra-violets mais ultraviolents, il y a des quartiers de certaines communes algéroises qui ont très mauvaise réputation, des Harlem en plein Alger, par exemple à Bab-El-Oued ou à El-Harrach ex.Maison-Carrée (pour têtes carrées?). El-Biar est un quartier huppé, tout comme Hydra . C'est ce toponyme Hydra qui nous intéresse aujourd'hui.

Hydragon

Un rappel pour commencer. D'abord le mot dragon viendrait du grec drako, en latin draco, le mot hydre vient aussi du grec ydhra transcrit en latin Hydra. Ensuite nous savons que notre variante kabyle (mazigh plus généralement) c'est lapha, thallaphsa. Il est évident qu'ils 'agit d'un monstre des eaux et des sources dans les deux cas: hydraulique vient de ce mot grec, En kabyle thalla c'est la source, la fontaine. Nous savons que les grecs désigent la mer par un mot étranger thallassa, sans doute issu d'une variante nord-africaine ayant les mêmes racines que le kabyle contemporain. Et pour finir ce rappel je vous renvoie au post Michelet de décembre 2009 sur ce blog, au sujet du H rétabli devant D, Didouche = hadidouche. Notre première formule du jour est assez simple:
dra ~ hydra

draa ~ hydrag
Le dragon = l'hydre. C'est à dire qu'il y a eu une chute de ce "y, i" ou "Hy" devant le D (
voir dh, th), une chute qui concerne notre langue kabyle aussi surtout en matière de toponymie. Prenons un exemple assez parlant: Draa-El-Mizan. C'est un nom à consonnace arabe oui mais de tels toponymes n'existent pas chez les arabes, donc ils ont modifié la forme. Un peu de lexique d'abord.
ighil, y-ghill = bras, coudée en kabyle (mazigh en général)
dhiraâe, dhira3e
= bras en sémitique-arabe; le "ayn"(â, 3) arabe a supplanté le "gh, G" et leur bras dhiraâe serait dhirag ou drag (de dragon). La variante latine serait avec un B à la place de D donc bras, bracci (en italien). Le terme de bras est utilisé en géographie pour bras d'une rivière ou fleuve, donc on comprend pourquoi cette relation entre bras et "l'eau, monstre des eaux" (hydre, dragon).Draa-El-Mizan est traduisable de l'arabe littéralement en Bras-de-Balance. En kabyle draa signifie une chose: la force (usage de la force). On suppose donc que Draâe, Draa arabe aurait remplacé le kabyle ighil, yghill donc Draa-el-Mizan aurait été Ighil-l-Mizan un toponyme très proche phonétiquement d'un autre nom de lieu Ghillizan/Relizane situé dans l'Ouest algérien. Il n'est pas exclu que le Draa aurait remplacé non pas Ighil, Yghill mais Thalla (source, fontaine) et il aurait été donc Thalla-l-Mezan un nom quasiment identique à un toponyme Tlemecen dans l'ouest algérien. Et pour finir Draa aurait été Hydra, et en conséquence Draa-El-Mizan aurait été Hydra L'Mizan (L'Mesan?). Au Maroc la région chleuh de Draa (Souss-Massa-Draa) serait Hydra aussi, donc ce nom doit indiquer l'existence d'une source hydrique et avoir une signification toponymique, des coordonnées géographiques en qlq sorte. Et ça seules la langue kabyle (mazigh en général) et la toponymie kabyle peuvent l'expliquer!

Ath Dwalla

Chez les français vous trouverez une région nommée Les bouches du Rhône, bouches pour les embouchures d'un cours d'eau, le fleuve du Rhône en l'occurence. On parle de bras de rivières et de fleuves, chez les français, chez les russes et ailleurs. Eh bien en toponymie kabyle ça va encore plus loin, l'anatomie ou les noms des parties anatomiques sont appliqués par métaphore aux noms de lieux. Nous allons prendre l'exemple de ma commune d'origine en Haute-Kabylie, Ath Dwalla ou Béni-Douala officiellement, 13 km au sud de Tizi-Ouzou. Je ne fais pas de chauvinisme, c'est juste que c'est un exemple parfait pour illustrer la logique hallucinante de la langue kabyle et de la toponymie kabyle. Un peu de lexique d'abord.
Thalla = source (d'eaux), fontaine

Yghill = bras, coudée
Voici maintenant un axiome à retenir:
Thalla-Yghill (faussement transcrits Tala-Ighil) vont ensemble, donc ils se ressemblent! Là oû il y a un toponyme Thalla il doit y avoir un autre à proximité appellé Yghill; et très probablement un troisième appellé Ydhir (je souçonne que le mot Hydre soit caché là); et même très probablement Ymim devenu Mimmoun, Ymim de sa varianté contractée Ymmi/Immi (bouche) équivalent de embouchure de cours d'eau pour son sens géographique.
A propos le nom shami comme celui du vénérable Shamy des Abranis serait non pas shammy (variante contractée) mais vraisemblablement shamym (en fr. Chamim), ce shemim (en fr. Chemime) est d'ailleurs un patronyme kabyle répandu en Basse-Kabylie vers Bougie, Barbacha. Son équivalent en Haute-Kabylie est plus arabisé, Hachem, Hachimi au lieu de (H)Achemim; cette contraction du M est facilement repérable dans les les patronymes comme dans les toponymes qui les génèrent: (bordj) Menayel serait (bordj) Memnayel/Mimounayel.
Lorsque vous partez de Tizi-Ouzou à Béni-Douala vous passez par Thalla B'Ounane, et juste après vous avez Ighil B'ouzerrou, donc la relation Thalla-Yghill qui se suivent est confirmée. Ici agemmun un peu plus loin sur le flanc serait-il une variante de Ymmi, Ymim (bouche)? Ou bien de Ymmi de Thymmi, thimmi (sourcil).
Le nom de cette commune Ath-Dwalla (francoarabisé en Béni-Douala) vient du lieu appellé Thalla Dwalla (tala douala) qui sépare Yghill-Mimmun (ighil mimmoun) et Ath Yidhir (aït-idir). Là nous avons la relation Thalla-Yghill, mieux encore Thalla-Yghill-Yidhir et voir même Ymmi (mimmoun).
La relation en kabyle entre Thalla (source, fontaine) et Yghill, ighil (bras, coudée) est attesté linguistiquement même:
th ~ gh

C'est à dire "th" changé en "gh" permet le passage de thalla (nom féminin) à yghill/ighil (nom masculin). La preuve? Le verbe k'thill = mesurer (les longueurs à l'aide des coudées) est avec cette mutation k'ghill oû l'on voit ghill de yghill, ighil (bras, coudée). Pour finir il est bon de rappeller qu'en kabyle thalla (source) est proche d'une partie de l'anatomie 'all de 'allen (yeux); est-ce que thidT (oeil) serait rapprochable de hydre? Chez les camarades sémites-arabes aussi "ayn" signifie "source" et "oeil". Ce "ayn" en kabyle existe dans thaawit/thaâwint (sorte de fontaine/source de réserve utilisée à des fins techniques ou rarement comme eau potable lors de grandes sécheresses qui touchent thalla "source, fontaine"); en kabyle laayun/laâyun signifie non pas l'oeil mais les sourcils, au pluriel uniquement car le sourcil au singulier c'est thimmi (nom fém.sing.). On voit en français aussi source-sourcil, il y a une relation facile à deviner rien qu'à voir un boxeur avec une arcade sourcilière ouverte et qui saigne abondamment. L'oeil pour les systèmes de mesures était utilisé par les anciens égyptiens (oeil d'Horus), les mesures ça existe aussi pour les distances ("lieu" par exemple!), en toponymie et en géographie donc nos toponymes avec un nom "anatomique" seraient porteurs d'un autre sens, chiffrable celui-là. Logique intéressante, à suivre donc.
Voilà que le système de toponymie kabyle et mazigh commence à nous dévoiler ses secrets. J'espère que je ne tarderai pas à percer ce mystère pour enfin expliquer nos mots, nos noms, notre patrie, notre monde à nous.

lundi 9 novembre 2009

Magdalena

Suite de la série consacrée à la relation entre G et D.

La transcription des sons sur ce blog est expliquée dans le post "Draft.Classement", en voici un petit rappel concernant le son G.
G occulsif, ici en majuscule: se prononce comme un Ga,Go, Gue en français
g spirant, ici en minuscule: se prononce un peu comme le ch du ich allemand

Magdalena
Pour mémoriser la formule de change qui nous intéresse je propose la liaison Magdalena-Madeleine, en français le "g" disparaît. Dans notre cas devant un D il y a un G qui se cache donc que nous ne prononçons pas aujourd'hui.
d ~ Gd
Plus largement devant ce "d" il y aurait une gamma: G, g, K, k, q, c, kh.
Inversement derrière un G, une gamma plus largement, se cacherait peut-être un "d" ou "t":
G, q ~ Gd, qd
Nous allons voir en priorité la première formule d ~ Gd pour essayer de faire le lien entre notre lexique kabyle contemporain et le lexique des temps anciens notamment en ce qui concerne les toponymes de notre patrie nord-africaine.

Mogador
Je reviens sur le post précédent à la lumière de cette formule d ~Gd. On a formulé l'hypothèse selon laquelle Mogador indiquerait "le couchant", l'extrême occident par extension.
tha-medith = soir, soirée (lien: crépuscule, coucher du soleil)
Ce mot deviendrait tha-megdith, tha-megadith ou tha-mogadith au féminin qui au masculin passera à mogadir, mogador. Ici on voit apparaître un autre toponyme de l'antiquité thamugadi ancienne colonie romaine en Numidie contruite sous Trajan en l'an 100 de notre ère et plus connue aujourd'hui sous le nom de Timgad, en pays Shawi dans l'est algérien.

Ouaga'
Beaucoup de kabyles, de mazigh du nord en général, ignorent que nos cousins de l'extrême sud surtout les touaregs sont répartis sur un territoire immense, au delà du fleuve Niger, il y a des touaregs donc des mazighophones jusqu'en Haute-Volta ou Burkina-Fasso! La capitale de ce pays wagadugu, Ouagadougou s'apprête justement à notre formule du jour:
wada = le bas.
wada ~ wagda ~ wagada
Bien sûr que je ne connais pas l'étymologie de ce toponyme burkinabé donc je ne peux que spéculer hélas. N'empêche qu'une origine touarègue de ce nom n'est pas à exclure. Et puis ça fait bien de nous rappeller de l'existence de mazighophones de l'extrême sud.

Tour
Cette formule de change d~Gd n'est pas baptisée la formule de Magdalena juste pour mieux la mémoriser, il y a une autre raison. Nous avons dit déjà sur ce blog que les interférences entre notre langue et les sémitiques ne sont intéressantes que lorsqu'il s'agit du phénicien (conventionnel) et de l'ancien hébreu, c'est le meilleur moyen de remonter le temps.
Magdalena de l'hébreu magdala (medjel actuellement) de migdal = tour.
C'est une trouvaille très prometteuse! Elle explique entre autre l'origine du dj qui aurait supplanté le d ou gd même en kabyle à cause de l'influence des sémitiques, l'arabe surtout. Par exemple djerid serait gadirid et nous savons que gad, gadir est une racine/un mot commun au phénicien comme à notre langue, cette racine a d'ailleurs survécu uniquement en kabyle/mazigh mais nulle part ailleurs en sémitiques, surtout pas en arabe, ce qui laisse supposer une origine mazigh, plutôt libyco-punique de cette racine et de ce mot. Mais surtout cette trouvaille donne un lien vers les temps anciens et les appellations anciennes, elle nous permettra de comprendre pas mal de choses donc on reviendra là-dessus à plusieurs reprises.

Jurjura
Les patronymes kabyles, mazigh en général, sont presque toujours issus des toponymes donc de l'origine géographique. Nous allons voir les noms de famille qui commencent par d, G et dj qui sont tous en fait des Gd comme l'a montré la formule.
derwaz (Derouaz): gaderwaz, gadhirws/Gadirwas. Origine géo.: gadhir, ydhir (Ath- Yidhir), un lieu HAUT et dominant, le mot a-gadhir signifie "grenier" par rapport à son élévation.
deris, driss, deriassa : idem à derouaz
idem pour Gerwabi = gadhirwav
idem pour Germah = gadhirmah, gadhir mas?
idjeri, djerra, djerum: idem, issu d'un "lieu haut", du toponyme gadhir devenu (ath) Yidhir/Idir.
idem pour Gerav (guerrab) ou Djerrab.
djer-djer ou Djurdjura, Jurjura = gadhir-gadhira, Gadir-Gadira! Jurjura est le grenier des greniers, le presque-toit des toits ou simplement le toit du monde quoi! Comme c'est un mont on comprend parfaitement pourquoi ce nom. Par ailleurs on devine facilement l'origine du toponyme Djerba en Tunisie, gadhiriv-Gadoruf? avec ce gadhir-gador omniprésent, les patronymes djerab-Gerab collent justement à djerba et à des lieux élevés, hauts avec le radical der, djer, ger.
On peut bien sûr continuer avec les patronymes nord-africains même les arabisés, et on arrivera toujours à lui trouver une origine géographique, à un toponyme mazigh. Prenons le nom de l'ancienne star de foot de l'équipe algérienne et du FC Porto Rabah Madjer. Son patronyme Madjer serait magder, mogador, magadhir. Lui aussi il tient son nom d'un lieu lié à gadhir, Gadir qui en toponymie kabyle de nos jours est simplement devenu Yidhir (idir), Ath Yidhir (transcrit en français Aït Idir).

dimanche 8 novembre 2009

Chasse

Ce post nous apportera un premier élément pour résoudre les énigmes de notre histoire.

Siga
Nous savons que l'antique Siga était la capitale du roi numide Syphax allié des carthaginois et ennemi juré de l'allié de Rome Massinissa le roi des numides, avec Cirta comme capitale. Nous avons les témoignages de Tite-Live notamment, nous savons que Siga avait sa monnaie différente de celle de Cirta. La difficulté réside ailleurs, nous n'arrivons pas à situer cette antique Siga sur la carte, le plus souvent l'antique Siga est confondue à la ville de Sig située à l'ouest en Maurétanie antique soit en ADN de l'ouest, dans l'ouest algérien. Seulement voilà que Sig n'a pas ou n'a pas gardé de vestiges de l'antiquité, quasiement aucune trace et puis elle est située trop loin de la Numidie. C'est donc logiquement que plusieurs historiens supposent que l'antique Siga était en Numidie donc à l'est algérien et Tunisie de nos jours.

La chasseuse
Les mâles sont paresseux paraît-il. Le lion se repose pendant que la lionne va à la chasse...et le lion se sert le premier.
tha-sedda = la lionne
tha-sedda en fait serait tha-segda.
Segedh = chasse; a-Segadh = chasseur (tha-segdha/tha-sedda = chasseuse).
D'abord il faut dire que ce terme existe en sémitique-arabe: siyad (chasseur), sayed (seigneur) et asad (lion): la contradiction saute aux yeux, le lion n'est pas chasseur et pourtant les deux mots ont la même racine en arabe, cette incohérence indique clairement que ce sont des emprunts. Ensuite je suis prêt à parier que ce mot a attéri en arabe via le phénicien. Je signale que sadats en kabyle signifie "protecteurs, anges-gardiens" et sidhi = un saint.
L'intérêt est ailleurs pour nous, il faut simplement se rappeller la formule de change évoqué dans le billet Cedrus Punicus qui lie D à G, a-sghar = asdar, cedar. Cette formule se confirme ici, donc il faut un G devant un D, dans un mot parfois le G a survécu au temps, parfois c'est le D.
D ~ GD
Sig serait plutôt sigd ou simplement le sidh, sidhi utilisé en toponymie kabyle, mazigh nord-africaine (chose inexistante chez les arabes), donc Sig serait une appellation incomplète Saint quoi?
Siga serait plutôt sigda, sygda ou syda qui serait proche de seyda ou la forme arabisée Saïda.
La variante la plus proche de l'antique Siga serait Sigdrata ou Sedrata, cette ville est située en Numidie et son appellation même est commune, elle peut être attribuée à notre langue (lybico-punique) comme au phénicien. Sedrata est située dans l'est algérien au sud de Guelma (antique Calama) dans le pays Shawi. Sedrata serait-elle l'antique Siga de Syphax?