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vendredi 14 juin 2013

IDIR 1.0

Le pseudo d'un grand artiste kabyle au menu...

Le prénom kabyle Yidhir transcrit à l'état civil colonial Idir est un des rares prénoms du terroir à avoir échappé au cannibalisme identitaire qui a atteint notre pays Kabyle surtout depuis le déferlement des hordes hillaliennes et leur emprise sur nos territoires.

Quand au sens du nom kabyle Yidhir (Idir), nos esprits naïfs tout comme nos esprits avertis mais serviles le traduisent souvent à la manière dont James Cook traduisait les noms de peuples sauvages d'une quelconque île perdue dans les océans : Idir = il vivra. Vous avez entendu ?! Bon sang, s'il y a lieu de traduire un nom, il faut dans ce cas lui trouver le nom équivalent dans la langue vers laquelle on traduit, c'est la moindre des choses. Idir serait, d'après cette approche populaire, tout simplement Vitalis en latin. Reste que ce prenom Idir serait en réalité un tout autre nom et c'est ce qui lui a permis de traverser les siècles et de résister à la corrosion hillalienne. L'équivalent de Idir est lui aussi un nom légendaire qui a traversé les siècles...

Et puis, il ne faut pas perdre de vue que la racine DR dans Yidhir (Idir) n'est pas seulement liée à la vie/vitalité (der; dder) mais à la protection comme on l'a vu dans le post précédent pour Adrar (mont, carré), dari (se protéger).    

Il m'est difficile de vous donner des arguments quand c'est le flair, l'intuition, la magie des mots qui conduisent à des conclusions - hypothèses ô combien logiques et intéressantes comme celles que voici :

1. Idir = André
Le nom André est issu du grec "anthropos" (être humain); le plus intéressant est qu'André est apparu après l'avènement du Christianisme. Et nous avons un indice : André, le premier appelé des apôtres.
2. Idir = Alexandre
A mon sens, le kabyle Idir serait l'équivalent du grec Alexandre : alexo + andros (anthropos) avec le sens de "protecteur des hommes". DR de protecteur en kabyle s'y retrouve d'ailleurs.
Dans un post récent Alexandre 33 on a déjà abordé le nom Alexandre (relation avec Constantin, avec 33), celui du légendaire Alexandre de Macédoine plus connu sous le nom d'Alexandre le Grand. On a un autre indice : le grand.
Alexandre en grec
Sandro en italien, en géorgien
Skander en arabe et perse
Skandria (Alexandrie) est un toponyme qui aurait son équivalent en kabyle d'après notre hypothèse du jour : Ath Yidhi (Aït Idir). 

Maintenant voyons comment et à qui on attribue le prénom Idir chez les kabyles :
- au fils unique sinon au garçon aîné qui le plus souvent est désigné "Mokrane" (facile à vérifier pour ceux qui sont nés avant les 70-80 tant que les kabyles respectaient leurs traditions).
Alexandre de Macédoine dit Alexandre le Grand était :
- le grand (l'ainé), 
- le fils unique d'Olympia (seul fils légitime de Philippe, les rejetons des concubines ne comptent pas);
- le seul héritier (successeur).

La légende d'Alexandre raconte qu'il se disait fils de Zeus, donc le fils unique du dieu Zeus-Amon. Un autre fils unique de Marie et de ...Dieu (Jésus) naîtra longtemps après. Ceci montre la connotation religieuse du prénom du fils unique légitime. 
Un fils unique (ou l'aîné à défaut), protégé de Dieu (et choyé par sa maman !), seul et unique héritier et successeur (sinon l'aîné et le premier à hériter): tout ça va comme un gant à la légende d'Alexandre le Grand et à ...Idir.
On récapitule pour Idir = Alexandre :
- Fils unique légitime (sinon le fils aîné),
- Seul héritier légitime (sinon le premier héritier)
- le protégé des dieux (connotation religieuse ou croyance pour souhaiter une longue vie à l'enfant ainsi baptisé)

Vous savez, DR de Idir moderne se retrouve dans les noms punico-libyques, numides de l'antiquité : Adherbal : ader/idir + baal (YDR est attesté sur des stèles punico-libyques d'après le professeur Muh'dh'Akli Haddadou)
Adherbal le fils aîné de Micipsa et héritier légitime du trône de Numidie qui sera destitué et tué par son cousin, l'intrépide Jugurtha auquel Salluste dédia son oeuvre Bellum Iugurthinum.   
3. Idir = Adam 
On ne peut écarter une autre hypothèse, celle-là en comparaison aux mythes et religions des camarades sémites :
Idir kabyle ~ Isaac des hébreux : fils unique d'Abraham
Plus loin encore, on ne peut exclure la version suivante :
Idir kabyle ~ Adam des religions monothéistes sémites : il est le premier homme. 

D'une certaine façon, Adam aurait pu évoluer ailleurs vers Alexandre (chez les grecs) et Idir (chez les kabyles, voir les punico-libyques). Rien n'est moins sûr... Mais une chose est sûre - il faut comparer ce qui peut l'être tenant compte du fond commun méditerranéen - le kabyle Idir (Yidhir) serait très probablement l'équivalent du nom grec Alexandre. Le nom d'Alexandre (le Grand) a traversé des millénaires grâce aux historiens qui rapportaient de génération en génération la légende du Grand Macédonien. Le kabyle Idir (Yidhir) a défié le temps, l'oubli, les hillaliens arabo-islamistes et le tout grâce à son enracinement quasi-religieux dans la mémoire kabyle.   

Ce modeste billet est dédié à Dda Yidhir que nous sommes nombreux à avoir en estime. Un artiste de grand talent et d'une grande humilité, son dévouement à la culture kabyle est indéfectible et honorable. 

jeudi 13 juin 2013

Adrar, le carré kabyle

Du carré kabyle, de la défense du pays Kabyle...

Les historiens n'ont pas omis de nous rapporter les prouesses des cavaliers numides, du rôle décisif de la cavalerie numide dans les guerres puniques, la cavalerie numide deux fois du côté du vainqueur lors des batailles décisives de Cannae et Zama.
Nous avons sur ce blog démontré que les éléphants de Hannibal seraient une invention et qu'ils s'agirait en fait d'infanterie (lophan en kabyle pour infante, enfant en romanes).
Aujourd'hui nous allons étayer cette hypothèse d'infanterie punique avec un élément essentiel du génie militaire, de l'infanterie plus exactement. 

Lexique kabyle, racine DR 
hadher = protéger 
dari = se protéger (se mettre à l'abri/sou un toit/sous protection) 
der = vivre
tha-dert-th = un village
adhrum =  clan, quartier (division d'un village)
adhrar = montagne, mont

Notre beau Adhrar si bien chanté par nos valeureux artistes dont Vussadh Lawlia. Le mont du Jurjura est un rempart naturel qui protège la Kabylie des envahisseurs ainsi que climatiquement des vents du Sahara. Alors notre adhrar, Adrar n'aurait-il pas laissé de traces ailleurs dans notre lexique ? Bien sûr que si, et lesquelles !

Adrar (adhrar) kabyle ("berbère") = Quadrar ou Carré en romanes

La racine DR indiquerait justement "la protection" :
DR, adhrar = Mont : Quadrar = Bouclier 
DR, tha-dert-th/adhrum = village/quartier : quadert, quadrum = Quartier, Carré 

Numidio Quadrato ou Carré numide existe toujours à Rome ! Etait-ce un quartier numide antan ? Pas sûr car adrar (quadrato) ferait allusion au adrar = carré qui au civil signifie quartier/village mais en génie militaire il signifie :
- défense,
- bouclier 
- carré d'infanterie
L'exemple le plus éloquent qui correspondrait à adrar = carré militairement serait le carré d'infanterie qui si notre hypothèse est bonne serait donc une invention numide voir punique (comme l'infanterie rebaptisée en "éléphants d'Hannibal"), plus exactement c'est le carré suivant :

C'est le testudo ou carré en tortue pour assurer la défense les boucliers aidant. Notre adrar (quadrar) serait ça militairement !    
De quoi être à peu près sûrs que le carré, la défense en carré avec les boucliers étaient connus de nos ancêtres bien avant Rome : adhrar, adrar (quadrar) l'atteste sans appel !

En chiffres, adhrar = carré, ça nous renvoit à 4 (rbaa emprunté à l'arabe). C'est à dire que Larbaa Nath Irathen serait le carré des ath irathen ou Adhrar Nath Yirathen, le titre d'un des chefs-d'oeuvre de Dda Lwennas.
Savourez cette chanson d'anthologie, savourez le carré numide, le carré kabyle, adhrar (adrar) comme vous ne l'avez jamais aimé...

Au final, la légende des éléphants d'hannibal traversant les montagnes (les Alpes) - légende ridicule à mon sens - serait une mauvaise interprétation et en réalité le sens à l'origine serait l'infanterie d'Hannibal a traversé (battu) les carrés d'infanterie (des Alpes? fontalière ?) . C'est logique, compréhensible et plus facile à avaler que les inepties des pseudo-historiens sur des éléphants imaginaires à la conquête de l'Everest :) 

mercredi 16 décembre 2009

Sagittaire

Suite du post Cirta consacré à la restitution du D là oû il a disparû.

Le mot grec hydre avec le sens de serpent et relatif aux eaux (hydro-) est d'une importance capitale dans l'interprétation des choses même chez nous les kabyles. Il en de même pour son équivalent kabyle et mazigh thallaphsa (hydre). Ces deux mots sont curieusement les plus à même à expliquer comment a été concue la toponymie kabyle et mazigh nord-africaine.

Hydre
Il faut avoir lu préalablement l'avant-dernier billet Cirta pour comprendre ce qui suit.
Donc on a découvert qu'un D (d, dh) et T (t, th) se cacherait entre une consonne du groupe gamma (s, c, k, g, gh, q, kh) et la consonne R. En réalité on va formuler cett hypothèse autrement, on va supposer qu'il y aurait un D ou T caché devant un R, et inversement un R caché derrière un D ou T.
.R ~ DR, TR
D., T. ~ DR, TR
C'est une façon de voir si cette formule peut se généraliser. Exemple. Le mot tha-zedhayth (dattier) va en fait devenir tha-zedhrayth, tha-sedhrayth lui aussi comme kerrush (kedhrush) "chêne" ou xeRuv (xedhruv) "caroubier" rappelle la forme grecque et latine SDR-CDR-KDR de kedhros-kedros-cedrus pour l'arbre Cèdre.
Prenons le mot kabyle a-vehri "vent frais" (issu de la mer, du Nord donc pour les kabyles) qui est l'opposé de a-jupani (vent chaud du désert donc du Sud), ces deux appellations concernent la rose des vents. On retrouve un mot proche levhaR (la mer) que l'on suppose être un emprunt à l'arabe bahr, al-bahr (la mer). Le fait de restituer le D devant le R selon notre formule nous permettra de voir que vhaR va devenir vhaDR qui probablement aurait un lien avec hydre, hydro- issu du grec. Bref, ce que nous désignons comme levhar (mer méditerranée) et les arabes al-bahr (la mer) aurait un rapport avec l'hydre grecque! Et curieusement l'appellation grecque thallassa (la mer) n'a pas une origine grecque comme eux-mêmes le reconnaissent et il rappelle étrangement thalla (source, fontaine) kabyle-mazigh et l'hydre kabyle-mazigh thallaphsa!

Sagittaire
Si vous avez lu le billet assez récent "Chasse" vous aurez compris que notre tha-sedda (lionne) pourrait en fait être tha-segdda avec le sens lié à seGedh (chasser), a-seGadh (chasseur). Ce mot avec la racine SGD va devoir prendre une terminaison en R restitué après le D comme dans notre formule plus haut, SGD va devenir SGDR ou SGTR entre T et D la différence phonétiquement est négligeable. En clair notre a-seGadh, a-segadher? (chasseur) est pareil au mot sagittaire qui a le sens "d'archer" mais c'est d'abord un chasseur, ce mot sagittaire est issu du mot latin sagitta (une flèche). Le mot a-seGadh s'il prend un R va devenir donc a-seGadher ou segadher...qui pourrait nous donner un lien vers igidher (aigle) et ce rapprochement entre deux mots qui se ressemeblent pourrait nous indiquer un autre sens que "chasseur", igidher-segadher aurait le sens de "prédateur". Tout ça reste à vérifier.

Pourquoi Hydre et Sagittaire sont importants pour nous? Simplement parceque probablement les anciens se seraient servis des constellations célestes (hydre, sagittaire, lion, etc...) comme un miroir pour cartographier nos immenses territoires àfin de situer tel ou tel lieu dans l'espace. Les toponymes avec un sidhi (Sidi) seraient probablement un indice majeur surtout que sidhi serait vraisemblablement une déformation d'un nom proche de sedhir, segdhir, voir même sydhra (hydre). Tout ça reste à vérifier mais l'hypothèse ici formulée va certainement nous ouvrir un secret très très ancien concernant la technique (astronomie-topographie) utilisée par nos aïeux, les premiers prêtres je suppose, pour cartographier nos territoires et notre monde. A suivre donc!

mardi 15 décembre 2009

Cirta

L'ancienne capitale numide va nous révéler des choses intéressantes!

Cirta ou Kirta, actuellement Constantine. C'est qlq part "notre Jérusalem" à nous tous les autochtones de cette terre nord-africaine. Cirta l'ancienne capitale numide détruite par l'armée de l'empereur (usurpateur) romain Maxence en 312 avant d'être reconstruite et rebaptisée par l'empereur romain Constantin. En l'an 674 Cirta-Constantine tombe aux mains des envahisseurs arabes et de leurs musulmans. Il y sont toujours surtout que cette ville est devenue la capitale des arabistes et islamistes les plus durs comme Ben Badis, un mazigh pourtant mais un élément de la cinquième colonne pareil aux qelHu welaHU en Kabylie de nos jours. Cirta l'ancienne capitale numide rebaptisée en Constantine est devenue à l'ère de l'arabo-islamisation l'une des villes les plus kabylophobes et mazighophobes en général. C'est tout un symbole de notre dégringolade et de notre humiliation par les envahisseurs arabes et leurs musulmans.

Cèdre
On va découvrir une lettre invisible, un son avalé ou non-prononcé, dans cette formule baptisée formule de Cirta. En effet en rapprochant nos toponymes je me suis rendu compte que le nom de l'antique Cirta [SRT] était comparable au nom moderne de Cedrata-Sedrata [SDRT]. Bref, il y aurait un D (d, dh) voir un T (t, th) caché entre S (ou C) et R.
SR, CR ~ SDR, CDR
Bref Cirta [CRT] serait probablement l'équivalent de Cedrata[CDRT] ou Sedrata [SDRT]. Cette formule se confirme ailleurs dans notre lexique (botanique) kabyle. Nous savons que le nom cèdre du latin cedrus issu du grec kedhros (kedros) n'existe pas en kabyle sous cette forme. Par contre il y est sous une autre forme, sans le D qui a été aspiré ou plutôt avalé!, dans les noms d'arbres comme a-karrush (le chêne) que l'on rapproche du latin quercus (chêne) et qui serait avec un D restauré entre "k" et "r" non pas karrush mais kadhrush - kadrush, forme très proche de kedhros grec (cèdre).
Probablement Cirta - Kirta aurait dû être prononcé en numide non pas avec un C (S) ou K occlusif mais avec un "k" spirant comme le "k" de a-karrush (chêne) en kabyle de nos jours.

Carré numide
Escadron. Avouez que ce mot suscite des émotions négatives...Mais il y a aussi escadrille, nettement plus positif comme mot. Et ces mots vont nous aider à démasquer les usurpateurs. En général les kabyles (mazigh plus généralement) isolés du monde sont confrontés aux ragots des camarades arabes qui leur imposent leur langue, leur religion, leurs us et leur version de l'histoire. Ces camarades font référence (d'office) auprès des kabyles isolés et noyés dans le mensonge de l'usurpateur. Par contre un kabyle averti et instruit donc qui connaît au moins la langue, la culture des autres peuples du voisinage méditerranéen ne va en aucun cas se laisser berner par ces camarades usurpateurs. Par exemple les arabes argéliens sont convaincus qu'il n'y a pas eu d'histoire en Afrique du Nord avant le 7-8 siècles et les tfoutouhates! des envahisseurs arabes et leurs musulmans. Ces mêmes arabes argéliens sont convaincus qu'en cas d'interférence entre le lexique kabyle et le lexique arabe ça voudrait dire selon eux que le mot est arabe. Toz! Prenons le mot laskaR, askriw (armée, soldat) en kabyle qui intefère avec âaskar (armée, soldat). Avec la formule de Cirta qu'on vient de voir on pourrait rétablir le D entre K et R de askar.
askr ~ askdr (asquadr pour la forme latine)
Bref, il s 'agirait de la même racine que pour les mots escadron, escadrille qui viennent du latin squadra = carré. Chez les militaires le carré est facile à comprendre! Dans l'armée romaine chaque cohorte formait un carré. L'armée de Wellington le vainqueur à Waterllo avait aussi ses carrés. Il y aurait des carrés numides aussi comme le quartier Numidio Quadrato à Rome. Chez les italiens squadra c'est aussi une équipe.

Hydre
Cette formule du D rétabli dans les exemples qu'on a vus peut s'ppliquer non pas seulement entre S/C/K et R mais entre Z et R, entre X(kh) et R. En plus de notre a-karrush (chêne) devenu grâce à notre formule du jour a-kadrush, le mot xeRuv (caroubier) deviendrait a-xedRuv forme aussi proche de kedhors (cèdre). Là permettez-moi de dire que là on entrevoit aussi la trace de KDR-CDR de kedhros-cèdre même en arabe: leur mot khadher, khadhra (vert, verte) aurait peut-être un lien avec justement les arbres comme le cèdre, le chêne qui en arabe sont appellés différement du kabyle, du latin ou du grec. Pour la petite blague lxudhra, khuDHRa en kabyle familier moderne désigne "les légumes"...donc quand les supporters de l'équipe de foot algérienne ("les verts") criaient en arabe argélien "mâak ya lkhedhra" (tous avec la verte = tous avec les verts) ça faisait drôlement rire les kabyles qui comprennent un peu l'arabe (pour le début du slogan) et pour qui ce slogan sonnait comme "Tous aves les légumes!".
Logiquement les toponymes a-xeRuv (El Khroub) et XeRadta (Kherratta) devrait être avec un D, soit xedruv et xedrata donc on peut supposer qu'à l'Est dans le pays shawi c'est le X ou "kh" à la place du "k" spirant kabyle. A vérifier.
Cette formule du D rétabli entre cette fois Z et R va nous indiquer une autre piste. Le mot kabyle a-zrem (serpent) deviendrait alors a-zedrem, a-zidrem/zydrem/sydrem qui sans aucun doute nous donne un lien vers hydre (serpent aussi!) issu du grec hydhra, serpent lié aux eaux avec comme vous savez le sens hudor dans hydro-, hydraulique par exemple. Tout ça est intéressant et nécessite réflexion. On y reviendra donc.

vendredi 6 novembre 2009

Trapèze

Ce post est consacré aux sons emphatiques dT et DH.

On a déjà conclu que les sons emphatiques en kabyle seraient vraisemblablement des sons composés ou bien tout simplement un autre son se cacherait devant ou après les emphatiques comme dT ou DH par exemple. Aujourd'hui nous allons voir une hypothèse assez intéressante qui explique on ne peut mieux le lexique contenant le dT ou DH. Voici cette hypothèse:
dT, DH ~ t.r, th.r , voir [d.r]

Thérapie
Vous savez qu'hôpital en argot algérois se dit sbytar (mustashfa en arabe) et en kabyle dTesvyteR, tous les deux rappellent presbytère. Dans ces établissements exercent les médecins ou les toubibs si vous préférez. Toubib qui vient de Tabib qui en arabe signifie "médecin", ce mot se retrouve en kabyle sous la forme dTviv. Appliquons notre formule de change à ce mot.
dTviv = therviv, threviv, theraviv
En clair nous voyons dans dTviv le mot thérapie qui est issu du grec therapeuein (soigner).

Bûcher
Il y a des génies qui n'accèdent jamais à la gloire, ils héritent de la souffrance. Le grand public connaît plus Galilée que celui qui l'a précédé dans la luttre des scientifiques et philosophes contre l'église, le pauvre Giordano Bruno. Il a fini sur un bûcher en 1600 car il a affirmé et défendu au prix du sacrifice de sa vie l'hypothèse selon laquelle le ciel est infini et qu'il existe de multiples systèmes solaires comme celui oû nous vivons. Il n'avait pas les moyens des scientifiques de nos jours qui confirment les milliards et milliards de galaxies qui contiennent chacune d'elle des milliards des soleils. Il n'avait même pas les lunettes ou d'observatoire comme Galilée. Donc Bruno serait arrivé à ce résultat théoriquement grâce à son génie.
Revenons maintenant à notre soleil qu'en kabyle nous appellons idTij avec ce dT emphatique qui serait donc un [th.r], idTij = itherij avec la formule de change, ce qui nous rapproche des autres soleils ithri, ithran = étoile, les étoiles. Les étoiles sont des soleils comme nous le savons aujourd'hui, et cette relation dT-thr dans soleil-étoile idTij-ithri est une autre épreuve de la cohérence de notre langue et de sa logique ahurissante qui très souvent me laisse stupéfait.

Trapèze
On ne va pas parler de géométrie. De nous jours le mot trapèze chez les grecs signifie...banque. Et oui, au départ ce mot grec trapezion ("quatre pieds") signifiait "table, comptoir". Ce mot est parvenu chez les russes avec le mot trapeza d'abord avec le sens initial "table" qui disparaitra pour laisser la place à une autre interprétation locale trapeza = repas (à table!) rarement utilisée de nos jours. C'était pour la petite histoire, maintenant on passe à notre lexique.
tha-vaqith = grand plat
dTvaq = panier plat (vannerie).
a-DHevsi = assiette. mot repris en argot DZ et nord-africain sous la forme Tabsi (en arabe assiette/plat se dit Tabeq).
Ce mot DHevsi avec notre formule serait travsi. Ici comme dans l'exemple vu plus haut (dTviv-thérapie) le "v" serait l'équivalent au "p"dans le mot grec. En clair DHevsi devient travsi,trapesi ou trapèze...sauf que là c'est simplement une coincidence car le mot grec trapèze est un mot composé de tra (tetra=4) et pezion (pieds), inutile donc de faire le rapprochement. Comme quoi il ne faut pas tomber dans la facilité et le simplifisme même si c'est contrariant pour vous. On pourrait imaginer que ce mot aDHevsi (assiette, plat) serait issu des arts de table ou plutôt de la table grecque trapeza, seulement voilà, ce mot contient -ves équivalent de vec-veq des plats (vaqith, vacith) donc il n'est pas isolé en kabyle bien au contraire.
Nous allons terminer ce billet sur une question, que cache vraiment notre dT emphatique? Par exemple dans les mots dTaq (fenêtre), dTawes (paon), adTas (beaucoup), etc...

jeudi 9 octobre 2008

Oberdorf

Ceci est un court post, un prélude à un cycle de billets consacrés à la toponymie en Kabylie et en Afrique du Nord en général.

En règle générale en toponymie kabyle et « berbère » en général c’est le relief qui impose! Donc la toponymie kabyle c’est d’abord l’appellation du relief. Sauf bien sûr pour les villes ou villages écclésiastiques (i-mravdhen) ou «étrangers».

Unter en allemand = du bas, inférieur ; bwada (du bas) daw (sous) en kabyle
En anglais: down, ex. down-river ou down-town; en russe nizhniy ex. Nijny Novgorod
Ober en allemand = du haut, d’en haut, supérieur; u’fella =du haut en kabyle
En anglais high, upper ex: high-country, highland; en russe verkhniy ex. Verkhniy Volochiok
Tha-der-th u’fella (transcrit en francolonial : Taddert Oufella) = village du haut ou Haut Village.
Oberdorf en allemand = de ober (haut) et village (dorf) = village du haut ou Haut Village
En réalité l’appellation allemande/germanique Oberdorf équivaut exactement à Tadart Oufella en kabyle. Ces deux appellations sont très fréquentes en Europe et en Afrique du Nord respectivement. Le préfixe ober comme unter est très utilisé en toponymie germanique, idem pour les kabyles.
La belle ville allemande de Düsseldorf tient son nom de la rivière Düssel qui y coule + dorf = village. En russe pour info on retrouve souvent en toponymie le suffixe «dar» qui en russe signifie «don, cadeau, présent» comme dans Krasnodar au sud de la Russie. Krasny/krasnaya signifie rouge mais avant ce mot signifiait beau, joli(e),belle comme Krasnaya Ploshad = La place rouge actuellement signifiait en fait la belle ou jolie place. Cette racine kras demeure aussi toujours dans krasivy, krasivaya, krasivo = joli(e), beau, belle, joliment. Vous voyez que pour les russes la couleur rouge est la plus jolie (les «camarades» nihilistes l’ont bien compris en 1917!) , qu’en est-il en fait pour nous kabyles? Eh bien pour nous c’est la couleur blanche ou plutôt claire : shevhan et shveh = blanc (clair) et joli(e).
La racine germanique dorf [d.r.f] se retrouve dans les langues baltes, en polonais derewnia [d.r.w] et en russe derevnia [d.r.v] pou la même appellation de «village» avec généralement les sens « champ, champ à cultiver» et parfois on a la version rejetée par les spécialistes qui met village en liaison à derevo (bois).
Sans les affixes tha-der-th sera «der» avec la racine [d.r]. En kabyle cette racine signifie 1.vivre, 2. être protégé ; en plus l’appellation même du clan de la même famille ou de familles proches, le premier cercle, possède presque la même racine : a-dhrum. Plusieurs clans (a-dhrum au pluriel y-dherman) forment un village (tha-der-th), plusieurs villages forment une ethnie (du grec ethnos) que l’on désigne par ath (transcrit à tort par Aït en francolonial et repris en arabe). Difficile de donner des explications là sur le champ mais apparement a-dhrum (clan) pourrait se retrouver en toponymie (adrumete, hadrumete en Numidie), donc on verra ça plus tard à l’occasion d’un autre post beaucoup plus intéressant. Pour le moment on a établi la relation vie – village, comprenez sédentarisation, pour l’appellation de village (tha-der-th) en kabyle comme dans les autres langues «berbères».
Question: pour comprendre la toponymie des Ath-Dwala par exemple j’ai commencé par Thaderth U’fella au centre de cette commune. Cet Oberdorf kabyle, ce village du haut l’est par rapport à quoi, à quel repère, à quel village Unterdorf (en bas forcément) ? Pour moi c’est relativement simple puisque je suis originaire du village en bas (village que le journaliste Paul Balta doit connaître, village dont je parlerai en dernier lieu comme le veut la tradition kabyle) là ou l’appellation dwala se retrouve dans un lieu que l’on appelle Thalla Dwalla = la fontaine/source dwalla. Cette racine [d.w.l] sera analysée séparément à l’occasion d’un autre post et l’on verra si, oh my God ! les perfides !, par simple hasard le lexique english dwell, dwelling n’aurait pas une quelconque interférence avec notre dwalla. Juste pour rire!


Page web de cet Oberdorf en Haute-Kabylie:
http://www.taddertoufella.com/tof_vila.php
Ce village est à 15 km au sud de Tizi-Ouzou capitale de la Haute-Kabylie, désignée par «Grande-Kabylie» par les autorités (brrrr !) ou Kabylie occidentale, village allant du centre de la commune des Ath-Dwala à plus bas vers l’est.


Post-Scriptum:
Le mot b'wada (du bas) a sans doute retenu votre attention, non? Bref, wad = bas et généralement si en haut c'est la crête en bas c'est un torrent, un ruisseau, une rivière. Demandez vous d'oû vient le mot wad (oued) en arabe, intéressant hein les gars? Ou bien pourquoi i-ghzeR torrent en kabyle (ghez = creuser) se retrouve en sémite-arabe uniquement dans l'adjectif amtar ghazira = pluies torrentielles? Vous voulez un autre argument, le voici: en kabyle jour (relatif au soleil S) se dit as ou asfa et rivière a-sif. Proches n'est ce pas? Maintenant demandez vous pourquoi ce calque flagrant en arabe: naHaR = jour et naHR = rivière, la similitude ne laisse guère de doute quant à l'origine de ce calque. Ce qu'ils ne savent pas c'est le sens du verbe kabyle nHeR=conduire avec n (anneau, arc) + racine [HR] qui indique chez eux jour et rivière. On va être cléments et s'arrêter là aujourd'hui.