mercredi 9 juillet 2008

Fa Mille

Billet dédié à la généalogie en kabyle, version très light. C’est juste un rappel ou en quelque sorte un énoncé.

Nous avons déjà vu (voir post: http://mazaris.blogspot.com/2008/03/nos-deux-parallles.html ) que notre L indique l’oeil, la source (L de tha-lla), l’origine, naissance-parenté (même phénomène en russe). Il se retrouve dans le mot i-mawlen (parents) pour indiquer l’ascendance, l’appartenance, l’origine. Le L libyque ou "berbère" signifie - symbolise aussi et surtout l'apparence, l'existence, l'être (iLLi), la création et Le Créateur (I-LLU).

1. Famille: tha-washult [W.SH.L.]
Les aïeux : lejdhudh, emprunté à l’arabe
Le doyen/Le vieux/L’aîné/L’autorité : a-mghar [m.gh.r], a-wsir [w.s.r.]
La doyenne/ ou La régente : tha-mgharth [m.gh.r] / ou tha-wsirth [w.s.r]

Grand-Mère: sets [S.T.] avec 2 variantes T=Ts ou Th [s.th.]/[s.ts.] + jida emprunté à l’arabe
Grand-Père: jed emprunté à l’arabe : Le vernaculaire serait le masculin de Sets, soit Seth [S.T.]

[th masculin devient ts au féminin. ex: ath aH (le voici), ats aH (la voici)]; le plus souvent "th" en article et "ts" démonstratif indique exclusivement le féminin mais ici le T devient Ts (seule solution); le "th" est attesté pour le masculin aussi (dans "ath/ith" des radicaux des noms communs), pour le démonstratif et plus proche encore dans "ath" (de athma pluriel de gma=frère).

Père : vav [V.V.]. Mon père: vava, d'oû "va" familier/forme diminutive.
Mère : yem [Y.M]. Ma mère: yema, d'oû "yi" familier/forme diminutive.
Les Parents géniteurs (père/mère): i-mawlen [M.W.L.] + rarement l’waldin emprunté à l’arabe
Le parent géniteur (père/mère): MWL, le W devient voyelle U et l’on a : MUL.
Parent signifie aussi : maître, propriétaire, patron (commandeur et protecteur)
L’appartenance d’une personne ou d’une chose :
- W (comme dans le partonyme qui marque la descendance paternelle « fils de»)
- pWul ou bWul (variation du W qui mute en p ou b latin) comme dans « pWul en t ? = à qui appartient-t-il ? (un homme) ou à qui appartient ceci ? (chose). Dans certaines régions kabyles on dit « wul en t ?». Nous en tirons d’ici le radical [W.L.] = appartenance.
On sait que dans notre langue [L] atteste la source, [W.L] l’appartenance. Il nous reste à déchiffrer le M dans [M.W.L.] de parent(s).

Frère : gma [G.M]
Frères : athmathen, athma [TH.M.]
Soeur : wultm [W.L.T.M.], sans le féminin [W.L.M] ou [W.M.]
Soeurs : thi-ysthmathin [Y.S.TH.M]

Naître (naissance/commencement) = lal [L.L.]
Mettre au monde/engendrer/procréer/accoucher : a-rrew [R.W.]
Progéniture : a-rraw [R.W.]

Fils: mmi [M.M.]
Fils pluriel: a-rraw (=progéniture) [R.W]
Fille : yel [Y.L.].
Filles : yes (yessis) [Y.S.]

Petit-fils : -
Petite-fille: -

Un membre (de la famille) : âagal [G.L.] intefèreait avec arabe âaila?

Ascendance: par le père
fils de ou fille de se dit U (ou en français) qui est en fait un W qui désigne le patronyme. Ex. Muhand U’Rezki (Mohand Fils d’Arezki).

Orphelin: a-gujil [G.J.L]
Veuve = tha-djalt [dJ.L]

2. Proches (clan familial) : l’washul
Appartenance au clan: se dit Ath et désigne le nom de famille. Ex: Ath Ydhir (Ydhir: l’aieul le plus lointan fondateur de la lignée).

Lignée maternelle : khual emprunt à l'arabe
Tante : khalt
Oncle : khal

Lignée paternelle: Lâamum emprunt à l'arabe
Tante : nana (soeur-âinée, grande-soeur)
«Oncle» : dada, dda ( frère-aîné, grand-frère)
Cousin: âami emprunt à l'arabe.

Gendre et Beau-frère (époux de la fille/de la soeur): a-DHuGal [DH.G.L]
Belle-mère: tha-DHuGalt
Beaux-parents: i-DHulanen ou rarement i-DHugalen

Bru : thi-slith (pour les parents de l’époux; eux sont tha-mgharth/a-mghar pour leur bru)
Beau-frère ou Frère du mari (pour l’épouse) : a-lews ou a-lwes [L.W.S.]


Interférences avec le sémite-arabe
Si nous avons en kabyle des emprunts avérés à la langue arabe, force est de constater que dans le sémite-arabe certains mots ont l’air d’être tout sauf des vernaculaires tant il y a incohérence avec les autres mots, notamment l’appellation de «famille» :
- «usRa» [u.s.R.] très proche de [w.s.r.] qui interfère avec le kabyle/ «berbère» de a-wsir mais aussi avec l’ancien égyptien [w.s.r.]. Est-ce une coincidence ?
- ou « âaila» qui pourrait être à l’origine [gh.Y.L.] avec gamma à la place du alfa (alef) arabe et qui de toute façon contient le L de la source et des origines. Il est intéressant de noter que ce L se retrouve dans dans «aHel» = clan, djil = génération, dans «oncle» (khal), géniteurs(parents) « al-walidin» et dans «naissance» (mawlid/milad) et dans fils/fille walid/walida qui équivaudraient aux «ibn ou bin/ben (fils), bent (fille)» appelations très sémitiques (arabe, hébreu, etc...). J’avais déjà signalé ici (post: seminarium libycum) qu’il y a interférence entre le kabyle/«berbère» pour le mot «aSel» = origine avec des arguments pour l’un ou l’autre côté. J’ajouterai juste qu’en arabe il y aussi le mot qui indique l’origine/la source: «am» ou «um», mot qui signifie aussi «mère». Est-ce l’ascendance maternelle qui primait chez les arabes comme chez leurs cousins sémites les juifs? Who knows... Il n’y aucune trace de L dans leur mot qui désigne la source (l’origine/le commencement), source d’eau (ayn ou aïn qui signifie aussi oeil à l’instar de note aL = oeil (al/alen), source (tha-lla) d’eau mais aussi origine, source tout court, parenté, naissance, apparîtion). Bizarre quand même, vous ne trouvez pas ?
Voici leur schéma :
aB/aBu (père)– uM (mère)– iBn/Bin/Ben (fils) – ibent/Bent (fille) : le B en commun.
aKH (frère) – KHal (oncle) : kh en commun
Il n'y qu'à voir les autres sémitiques (phénicien, hébreu, araméen, etc...) pour voir si le L y est présent et plus généralement à quelle logique obéit leur classement généalogique (étymologiquement).

Conclusion
Ce post va servir de «plateforme» pour les billets à venir avec les conclusions qui en découleront.

lundi 7 juillet 2008

Métamorphoses

On vient de voir dans le post précédent (Draft) le classement des consonnes de notre langue. Bien. Maintenant on va s’intéresser aux «métamorphoses» intralibyques si je puis dire, c’est à dire comment le mots mutent-ils avec le temps, quelles sont les lettres les plus aptes à muter, quelles sont les lettres interchangeables ou qui permutent, quels seraient à l’origine des mots modernes que nous utilisons en kabyle ou autre langue régionale «berbère», etc...
Il faut scinder deux types de mutation : 1. passage d’une lettre à une autre au sein du même groupe (il y en a 5 au total) que l’on va qualifier de «variation»; 2. mutation d’un groupe à l’autre que l’on va désigner par «mutation». Cette terminologie n'a rien à avoir avec celle des spécialistes, justement pour éviter les melentendus et rester dans le cadre de ce blog d'un locuteur non-spécialiste.

Tsé – Tsé
Ce type de «recherches» va nous permettre de mieux comprendre les particularités des variétés régionales du «berbère», parfois même l’histoire de notre peuple. Par exemple, au sein du groupe 3 «téta-delta» nous savons que nous les kabyles en majorité nous utilisons le son «TS», par exemple pour le démonstratif (tha meghra/ la fête devient tsa meghra/c’est la fête), alors que nos cousins du sud , de l'est ou de l’ouest utilisent le «T» dans tous les cas (ta meghra/la fête + c’est la fête). On peut relever ce phénomène en Kabylie même, ce qui laisse penser que ceux qui disent ta meghra seraient venus ou influencés par ceux venus du sud, de l'ouest ou de l’est. Le «TS» ou appellons-le T-sifflant serait une particularité des parlers du nord (Numidie maritime) et ce phénomère est aujourd'hui existant aussi chez les arabisés ou arabes à l’est de la Kabylie, précisément à Jijel oû ils continuent à utiliser le «ts» en prononçant le T de leur dialecte «arabe»-algérien. C’est pour celà que les gens d’autres régions chambrent les jijeliens «tsék-tsék Jijel», d’ailleurs rappellez-vous le personnage excentrique de «l’inspecteur Tahar» et son accent jijelien.
Il est à noter que dans certaines langues européennes (russe, français, anglais) le T, surtout à la fin du mot comme dans le mot "miette", est très «soft» et légérement sifflant. Pourquoi alors appelle-t-on ce son sifflant «TS» un son affriqué?!

Jojo – Gigi
Jijel peut aussi témoigner d’un autre phénomène: nous n’avons pas en libyque/«berbère» de «dj» comme en anglais/italien ou arabe et dans les mots empruntés, sémites-arabes surtout, nous le remplaçons par un «zh» ou « j » (en français) : al-djamia devient tha-jmaat, al-djiib devient l’jiv, etc...Nous disons Jijel ou a-Jijeli (zhizhel / a-zhizhli) et les arabes ils disent Djidjel (c’est la toponymie officielle). Maintenant il faut savoir que les gens de l’ouest algérien (Oran-Mosta-Tlemcen, etc...), les marocains aussi à ma connaissance, dans leur dialecte arabe ou daridja ne prononcent pas non plus le «dj» sémite-arabe et le remplacent par «j» («zh»)! Je ne sais si vous connaissez la fameuse expression des gens de l’ouest: « jit wella jabuk» pour dire « t’es venu (de ton gré) ou l’on t’a fait venir/on t'a ramené», façon d'ironiser "qu'est ce que tu fais là toi?!", que l'on retrouve chez certains en kabyle "thu sidhed nagh dha kuli (côlis)". Belles expressions, hein ?

RâLant!
J’ai remarqué que nos cousins du Rif «remplacent» systématiquement le L par le R : uL devient uR pour appeller "le coeur", etc...les exemples sont nombreux. Il doit bien y avoir une raison. Dernièrement un spécialiste en linguistique me disait que les asiatiques (viêts et autres) ont d’énomes difficultés à aprendre les sons russes R et L pour certains et R surtout (viêts, chinois et autres) car ces sons n’existent pas dans leurs langues. J’ai moi-même remarqué que 1. en kabyle il n’y pas de mots oû le R et le L se suivent et à première vue très peu de mots contenant un R + L (candidats à être des emprunts?) ; 2. en kabyle et même en argot «arabe» algérois on a toujours tendance à permuter le R et le L: on dit «ritla» au lieu de «litre ou litra», parfois «larkul» au lieu de «l'alcool». Donc il y a tendance et forcément il doit y avoir une raison. On essayera de la dénicher avec le temps mais pour le moment j’ai compris la raison "géométrique" de cette incompatibilité du L et R à «vivre ensemble»...mais celà est insuffisant et peu convaincant pour le public.

Les exemples que l’on vient de voir sont des particularités, des «variations». Dans les post qui vont suivre on va voir les «mutations» d’un groupe à l’autre : j’ai eu la surprise de voir comment le W du premier groupe s’interchangeait ou mutait en Q ou autres lettres du 2ème groupe «gamma». Les premières constatations/«conclusions» seraient prometteuses pour les spécialistes en ...grammaire.

Draft

Avertissement:
Ceci est une nouvelle tentative de procéder à un classement du libyque, de ses consonnes plus précisément. Evidemment il s'agit d'une draft version, une version de travail ou un "brouillon" si vous préférez. Toujours est-il que ce classement me parait justifié au vu des analyses faites pendant ces derniers mois. Je rappelle que n'étant pas un spécialiste en linguistique je demande et j'exige même que ce classement soit pris avec beaucoup de prudence. Le but recherché est simplement de fixer une certaine logique mathématique dans notre langue pour comprendre comment fonctionne la mécanique du libyque/"berbère"/kabyle qui nous permettrait de parfaire nos connaissances et de moderniser notre langue en créant des néologismes adéquats et non pas "synthétiques".

Classement provisoire
Il y 5 groupes de consonnes au total. Seule la lettre W "donne" des voyelles (semi-voyelles).

1er groupe W, dit «wav»
W
wP et wB (p et b français)
V et F

Semi-voyelle/semi-consonne:
W = U comme ou en français
W = Y (i, y)

2ème Groupe GH, dit «gamma» (par référence au grec)
GH : identique à γ en grec (γάμμα)
Q: comme le Q des sémitiques

G occlusif ici toujours en majuscule
g spirant ici toujours en miniscule
K occlusif ici toujours en majuscule
k spirant ici toujours en miniscule.
X : comme le X grec ou "kh" en français. (ici les 2 sont équivalents, KH ou X, sont utilisés pour transcrire)

h miniscule : son emprunté dit h «aspiré» comme dans hemel = aimer, à l’origine inexistant en libyque, identique au H de half anglais.
H majuscule : comme dans Hoggar, identique au H anglais de here.

3ème groupe D-T, dit «delta-teta» (par référence au grec)
D
comme d latin
dh comme delta grec, ici toujours en miniscules

DH emphatique, ici toujours en majuscules

T comme t latin

th: comme théta grec
dT: dit T emphatique, ici toujours dT= "d" miniscule + "T" majuscule


4ème groupe dit «intermédiaire» Z-S
z ici toujours en miniscule
Z emphatique, ici toujours en majuscule
dZ:
la variation dZ (comme dans y gzem = il a coupé qui devient à l’aoriste y gedzem = il coupe (temps inconnu, imparfait).
zh (ou J français)
Le son emprunté "dzh" (ou "dj" français) n'existe pas en libyque; On va le transcrire quand même "dj" mais le son "j" est à privilégier.


s ici toujours en miniscule
S emphatique, ici toujours en majuscule
tS: la variation tS (variante de T pour le démonstatif, ex. tsa meghra = c’est une fête. Dans certaines régions T reste tel qu’il est même pour le démontsratif).
sh (ch en français)
ch (tch en français).

5ème groupe dit «géométrique»
R (r usuel en miniscule ici et R roulé en majuscule ici) + L : les alvéolaires
M + N : les nasales

....................................................................

Et par la même occasion nous avons là les règles de lecture de ma transcription "traditionnelle" du kabyle et du "berbère" sur ce blog.

samedi 5 juillet 2008

Amour de la Patrie

On va essayer de voir aujourd’hui les personnages des «Métamorphoses» («L’âne d’or»), et plus précisément du mythe "Amour et Psyché", de notre cher Apulée de Madaure.

Avant-propos:
La translittération romaine/latine du grec: les voyelles y, é, ê, etc...prennent toujours un H dit «aspiré». Exemple : Ydra en grec donne Hydra en latin (Hydre en français).
Fait anecdotique, les romains supprimaient ce même H aspiré pour translittérer les patronymes puniques, exemple: Hannibal devient Annibal, Hannon devient Annon. On peut supposer donc que le H «aspiré» nordafricain, punique ou numide, disparaît systématiquement en latin, chez les romains.

Amour
Le personnage a été introduit par Apulée dans son roman «Les métamorphoses». Amour a son équivalent latin (romain) Cupidon et grec Eros (qui a donné Héros en ajoutant à-la-romaine le H aspiré).
Aimer en français vient du latin amare, rien à avoir avec les autres langues (indo-) européennes: love [L.V.] anglais , lieben [L.B.] allemand, Liubit [L.B.] russe. En grec « aimer » serait αγαπώ [aghapô] «aimer/chérir» ou να συμπαθήστε [na sympathisté].
En kabyle il y a d’abord le mot « tha-yri » utilisé surtout par les poètes pour désigner «l’amour», même si à mon humble avis ce mot «tha-yri» désignerait plutôt «la passion» car en effet il n’y aurait pas à ma connaissance, dans la langue kabyle, de verbe «aimer» qui découlerait de « tha-yri». Par contre dans la langue Thamazight de nos cousins occidentaux, au Maroc, il y a le verbe Ri = aimer et "l'amoureux" se dit a-maray, soit la racine [m.r] plus les affixes masculin/adjectif. Ensuite il y a le verbe communément utilisé en kabyle : «hemel» = aimer (heml’agh = j’aime). Ce verbe hemel ou hamel aurait-il muté avec le temps ? Voyons de plus près : hamel ou hemel [h.M.L] aurait la racine [M.L.] car le «h» (comme dans half en anglais) n’existe pas en libyque et il s’agirait ici d’un «h» aspiré (comme on l’a vu plus haut) donc une particularité de notre langue. Donc la racine du verbe «aimer» en kabyle serait [M.L]. Je vais risquer de faire la supposition suivante quitte à être traité de n’importequoitiste: [M.L.] serait à l’origine [M.R.] avec une mutation très répandue dans notre langue comme dans d’autres du R en L. Si c’est le cas le verbe « hamel ou hemel» serait à l’origine [M.R.] ce qui colle parfaitement avec a-Mour, mot introduit par Apulée le numide je rappelle, et par conséquent avec le verbe romain (latin) «amare» = aimer. Ceci m’amène à conclure que ce verbe se déchiffrerait ainsi : [M.R.] se composerait de M = aimer (ou autre : âme ? blesser ? déchirer ?), R = coeur ; je rappelle que dans notre langue le coeur se dit uR (ex. dans le Rif) ou uL (ex. en Kabylie). D’autre part le mot a-Mur (prononcer en français a-mour) signifie «part, partie, portion, lot» et aussi «sort, destinée». Le féminin d’a-mur existe mais la relation n’est pas évidente : tha-murth = la patrie, le pays, la campagne. S'il y a relation amour & tha-murth [M.R] amour-pays c'est tant mieux! Pour l'anecdote les anciens egyptiens appellaient leur pays km.t (terre noire), ta-djeser (pays sacrée?), ta-wy/ou ta-rwy (pays unifié) et... Ta-MeRi qui signifie "pays aimé" ou "terre aimée". Vous voyez que l'amour et l'amour du pays contient les mêmes ingrédients [M.R.], mais attention!, pas de raccourci svp.
Que le mot latin amare soit en relation avec hemel n’est qu’une supposition et non pas une hypothèse. L’intérêt pour nous est surtout de comprendre les mécanismes de mutation des mots dans notre propre langue. Là nous avons appris que le H aspiré disparaît en latin alors que c’est l’inverse pour le grec; nous avons aussi confirmé la mutation très fréquente du L en R ou l’inverse et finalement je pense avoir compris l’un des sens de la lettre/du son M libyque que je suis en train d’analyser (un post y sera dédié le moment venu).

Le mythe
Voici quelques «éléments-clés» de ce conte («mythe» en grec).
-Psyché est la fille d’un roi.
-Sa beauté est extraordinaire et suscite l’adoration, à tel point que nul n’ose demander sa main
-Elle a 2 soeurs aussi belles qu’elle, surtout mariées et jalouses.
-Aphrodite la déesse (méchante) est jalouse de la beauté de Psyché.
-Amour, «commandité» par Aphrodite de rendre Psyché amoureuse d’un être laid et affreux, tombe amoureux de Psyché.
-Le père de Psyché se rend chez l’oracle (à Delphes) pour demander conseil pour marier sa fille.
-Le père suit le conseil de l’oracle et abandonne Psyché à son sort sur un rocher.
-Le zéphyr l’emporte dans un palais
-Amour rejoint Psyché q’une fois la nuit tombée, en secret
-Soeurs jalouses poussent Psyché à la vilaine curiosité en violant le secret «conjugal»
-Rupture entre Amour et Psyché: mise à l’épreuve de Psyché ou « travaux de Psyché» (enfermement, humiliation, esclavage, traversée du fleuve de l’enfer, montagne)
-Psyché est miraculeusement sauvée par un aigle (de Zeus)
-Le roseau et la tour qui «parlent» et aident Psyché
-La «vilaine» curiosité de Psyché de nouveau fait sa perte: elle s’évanouit.
-Psyché est ranimée par le baiser d’Amour,
-Happy end: Psyché épouse Amour, il lui pousse des ailes, les ennemis sont vaincus, etc...

Comme je suis de culture kabyle et j’ai été instruit par «l’école des mères au foyer», avec toute une multitude de contes, de mythes et de croyances, je n’ai aucune difficulté à situer ces mêmes moments clés du mythe de Psyché dans d’autres contes kabyles (et «berbères» en général), la mécanique est la même. La fille du roi devenu «fille du Sultan», la déesse méchante devenue «sorcière», le dieu (ici Amour) devenu «prince charmant», l’oracle devenu «le sage des sages» a-mghar a-zemni (a-mghar ne signifie pas automatiquement «vieux, ainé ou ancien» mais aussi «le plus grand, la plus haute autorité »), la destinée (fatalité), le rocher est mythique chez nous, le vent (ici Zéphyr) qui vous emmène au loin, la peur des monstres (dans un autre conte kabyle par exemple, le prince ayant «importé» de loin sa fiancée, la cachait jusqu’au jour du mariage et les gens disaient qu’elle était un monstre, ensuite que c’était une esclave, une noire...c’est pas correct et nous le regrettons mais hélas telle était la réalité à un temps lointain... Le jour du mariage les gens ont vu sa fiancée d'une beauté exceptionelle. Morale de l'histoire: 1.humilité, 2. préserver le don de Dieu -beauté- du "mauvais oeil") ; l’humilité est divine (Amour beau comme un dieu mais il se cache) et la curiosité est vilaine ; les épreuves de la vie (souvent c’est de marais qu’il s’agit chez nous) ; la jalousie légendaire des soeurs et des belles-soeurs (en Kabylie de nos jours c’est la même chose, croyez-moi!) ; le roseau ou les murs qui parlent (souvent c’est la ronce ou le roseau) ; l’aigle sauveteur ; happy-end et mariage de la Belle et du Prince.


Pourquoi Apulée a-t-il situé ses «Métamorphoses», y compris ce mythe de Psyché, en Grèce et non pas en Afrique, en Numidie? La réponse est simple: pour plus de notoriété car la Grèce était la référence à l’époque. Posez-vous cette question : pourquoi les films français les plus réussis, notamment les comédies («Trois Hommes et un couffin», «La chèvre», etc... ) ont-ils été remakés par les américains? Tout simplement parce qu' il est opportun et nécessaire d'adapter une excellente oeuvre étrangère au pays ou marché de référence, les USA dans ce cas précis. C'est toujours le cas pour les oeuvres "universelles".

Psyché
Le personnage a été introduit par Apulée dans son roman «Les métamorphoses». Psyché est connue aujourd’hui comme étant un personnage de la mythologie...grecque. Le mot psyché (en grec ancien Ψυχή / Psykhé) signifie l'âme, l'esprit. Cette racine vous la retrouverez dans les mots modernes comme psychologie, etc...
Il y a un moment clé dans ce mythe, lorsque Psyché tombe dans un profond sommeil ou tout simplement s’évanouit. Je me permets d’avancer la supposition suivante, après tout c’est bien Apulée le numide qui a introduit ce mythe et les 2 personnages-clés, y compris leurs noms Amour et Psyché: la lettre grecque Ψ «psi» n’existe pas chez nous, le son/la lettre «p» comme nous l’avions vu (voir posts antérieurs) est une variante de W (que je transcris ici dans ce blog wP pour une meilleure reconnaissance) idem d’ailleurs pour B-de bal en français- transcrit ici wB. Le passage d’un mot grec au «berbère», ou l’inverse, montre que le P grec devient F «berbère».
Il faut retenir que dans notre langue, ex.en kabyle, «Fsi» signifie «fondre, disparaître» (et "dénouer, délier, défaire"). Donc on disait que Psyché tombe dans un profond sommeil, s’évanouit. En kabyle nous disons fsakh [F.S.Kh]= perdre connaissance, s’évanouir. Ce verbe fsakh [F.S.Kh] ou [FS.Kh] est trop proche de Psyché ou plus précisément en grec Psykhé [PS.Kh] pour être une coincidence à fortiori quand on sait que Amour lui aussi doit ses origines de son nom à notre Apuléé et à notre langue.

L’auteur du Mythe
Apulée, notre Apulée, blanc et blond qu’il était, se disait demi-numide (nordiste) et demi-gétule (sudiste). Il me semble qu’en utilisant cette formule il revendiquerait son appartenance culturelle aux mazighs (numide ou gétule), un mazigh reste un mazigh quelle que soit la couleur de sa peau ou de ses cheveux, quelle que soit sa situation géographique. Il s’agirait d’une revendication de l’unité culturelle et de l’unité tout court de l’ethnie mazigh qu’Apulée exhibe fièrement devant l’arrogant establishment romain-hellénisé. On l’aurait accusé de vanité et de sorcellerie mais à mon avis son comportement aurait sans doute éte dicté par le fait que lui enfant du pays voulait faire valoir et exhiber au travers de ses romans, notamment «Les métamorphoses», les vertus de son peuple et de son patrimoine (les mythes et contes particulièrement), son peuple déjà dominé et divisé à l’époque, et répondre à l’arrogance romaine-héllenique par son talent insolent et sa vanité. Il est inconcevable qu’un digne fils du pays, un vrai patriote comme Apulée ne soit pas aujourd’hui connu et enseigné dans les écoles d’Afrique du Nord; pour les mazighs en Kabylie, dans les Aurès, au Rif, à Souss ou ailleurs c’est un devoir de traduire et d’enseigner Apulée et il ne faut pas attendre la baraka des guétoules et l’aval des usurpateurs pour le faire.

Amour et Psykhé : deux personnages du Mythe, du génial numide Apulée qui a su mettre du «sang numide» à ce mythe pour qu’un jour ses héritiers en Afrique puissent s’en rendre compte et puissent revenir à leurs origines quelles que soient les épreuves de cette vie sous le joug des usurpateurs.



"Amour et Psyché enfants" de William-Adolphe Bouguereau

5 juillet 2008
En hommage à tous ceux qui sont tombés pour l’amour de la Patrie, pour l’ a-Mour de Tha-Murth, pour la Kabylie, pour les Aurès, pour toute L’Algérie. Fasse le Créateur que ayions d’autres braves, d’autres amoureux de leur patrie et aussi d’autres Apulées. Et aussi d’autres Amour et Psyché, peut-être sont-ils déjà là, des enfants encore.

H.Y. fils de Mohand Arezki

samedi 28 juin 2008

Lwennas en Russe: Лунес Матуб

Comment rendre hommage au fils du pays Lwennas Maatoub assassiné par nos ennemis il y a 10 ans déjà? Comment honorer sa mémoire quand on est seul, loin de sa terre et des siens? Eh bien j'ai traduit une de ses chansons du kabyle au...russe! Je pense que c'est peut-être une première. Et surtout un hommage personnel, modeste certes mais sincère.

Dilem (quotidien "liberté", Algerie)

Le texte est en russe, les versions en kabyle et en français sont en sous-titres dans le clip de cette chanson. Merci à son auteur sur DailyMo "kollyns".


Текст/слова этой песни:

К нам постучались мир и процветание
С порога их отвергли мы тогда
Сказав что нам итак прекрасно живется!

Счастья полная чаша, просто благодать!
Недостатка ни в чем нам не приходится знать
Навеки исчезли заботы, память их повернула вспять

Ныне на Киблу (1) обращены взоры
Молвят, будь-то с этого места только
Дует ветер честь и достоинство людям несущий
Аллах акбар, Аллах


Арабский – язык слова Божьего
Единственный язык знания и просвещения
Язык бесподобный, другие ему не ровня

Если из-за него ты скатился в пропасть
Ничего! смело кувыркайся и дальше катись
Магомет спасет тебя!

Только не очнись, глаза не раскрой!
Восхвали и воззови к святошам-шейхам своим,
Тебя заколдованного в дурмане держащим
Аллах акбар, Аллах


Нет, только не очнись!
Лови кайф над пропастью
Косяк опиума друг твой неразлучный

Сквозь дымку созерцай Киблу
И Каабу (2) благородную
Они твой маяк единственный

На колени! головой о землю бейся!
Раболепство свое не давай никому потревожить
Внимай только своему хозяину, святоше-шейху........
Аллах акбар, Аллах!

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(1).Кибла: у мусульман направление в сторону Мекки (Каабы) для совершения молитвы .
(2).Кааба: мечеть, к которой ежедневно обращены взоры мусульман во время совершения молитвы
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Справка:
Лунес Матуб.
Кавильский поэт и певец, борец за «берберскую» культуру против арабо-мусульманской агрессии. Был убит 25 июня 1998 на одной из горных дорог Кавилии (Алжир) террористами, по официальной версии террористами-исламистами.
Песня «Аллах Акбар» датируется началом 80-х годов, т.е. до начала гражданской войны и терроризма исламистов 90-х в Алжире, которые унесли более 200 тысяч жизней. Песня эта была своего рода предупреждением кавильской («берберской») нации о грядущей арабо-исламистской военной и террористической агрессии. Арабо-исламисткая хунта у власти и исламисты при поддержке Саудовской Аравии и прочих стран «шейхов» задались целью уничтожить кавильскую культуру и кавильский народ. Арабо-исламистская хунта убила 126 и искалечила более 5000 человек в Кавилии во время событий «черной весны» 2001 года. По сей день эта же власть практически помогает исламистам-террористам взорвать провинцию Кавилия изнутри, дав некоторым из них амнистию, даже простив им чудовищные преступления против человечества, и позволив им терроризировать кавильское гражданское население, которое сопротивляется как может против арабо-исламистского ига и исламистского террора. Ни одна т.н. цивилизованная страна, Франция тем более, не пришла и не приходит на помощь народу Кавилии. Кроме как на Создателя рассчитывать кавилы могут только на себя и на тех праведных людей по всему миру, кто готов их поддержать хотя бы морально, на тех, кто неравнодушен к вопиющей несправедливости и к страданиям невинных на своей земле от рук этих узурпаторов-убийц.

Немного о "берберах" на русском языке читайте на блоге: http://mazir.blog.ru/

lundi 2 juin 2008

...en avant Foot!

Dans un peu moins de 5 jours va débuter l'euro-2008, compétition à ne pas rater pour les amateurs de foot-ball. Le grand favori sera bien sûr l'Italie, la squadra azzura est championne du monde en titre et sans doute l'équipe la plus expérimentée de ce tournoi. Le rôle d'outsider est prédestiné à la jeune équipe russe, qualifiée in-extremis grâce aux croates tombeurs des anglais, sous la houlette du lucky dutch Gus Hiddink, le veinard et renard hollandais. Pas d'optimisme donc, celà dit je vais supporter la Russie en plus de la France, comme d'habitude. S'il y a un France-Russie en 1/4 de finale ça méritera le déplacement. A propos, les meilleurs hymnes à mon goût sont celui de la Grèce et celui de la Hollande!

En revanche en Afrique la fête de foot n'est que dans 2 ans. Le moment de se rappeller le bon vieux temps et le foot-ball africain "folklorique" (certains y demeurent toujours) et d'ironiser sur les piètres moyens des africains comparés aux européens.

Un terrain de foot en Afrique

dimanche 1 juin 2008

Oups! Upsilon!

La première hypothèse portant sur la classification du libyque.

Le groupe W est désormais assez clair et l'on peut avancer l'hypothèse suivante qui expliquerait la fonction double du W libyque versatile:
Consonnes bilabiales: sons wB-wP (sons b-p en français)
Consonnes labiodentales: sons V-F (V français/β grec - F français) et W (w anglais)
En voyelles: U (ou français), Y (yé/yi - i/é).


Le plus intéressant est qu'il y a une nette ressemblance (fonctionnelle) avec la lettre grecque Upsilon (Υ, υ) - svp ne pas confondre avec epsilon (e) - qui a donné les lettres U, V, W, Y en latin. L'upsilon grec est une voyelle qui se mute en consonne dans certains cas (f, v) et il serait lui-même, comme le digamma (F grec), isssu du waw phénicien, lettre toujours présente dans les sémitiques (wa/waw en arabe, wav en hébreu). Lisez au moins ceci:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Upsilon et http://fr.wikipedia.org/wiki/Vav_%28lettre%29
L'origine phénicienne du waw ferait donc l'unanimité des spécialistes. Maintenant il faut savoir qu'en sémitique, du moins en sémite-arabe le son bilabial "p" n'existe pas, il n'y a que le "b"; le son labio-dental "v" non-plus il n'y a que le "f". En voyelles leur waw ne peut pas se muter en yé/yi/i/é.


La variante libyque est la plus complète avec les 2 bilabiales (b,p) et les deux labio-dentales, les voyelles possibles. La mutation "interne" du W libyque (au sein de son groupe) est assez facile à observer, par contre sa mutation "externe", ç-à-d quand une lettre du groupe W se mute en une lettre d'un autre groupe, n'est clairement établie que pour la voyelle Y (yé,yi, etc...) qui dans certains cas serait un remplacement du son "ghé"/"ghi", un phénomène observé dans le grec mais aussi dans le latin ("gn" de ignorer). Mais celà relève du domaine des spécialistes, on ne va pas s'y hasarder.